Vendredi 30 octobre 2009 5 30 /10 /Oct /2009 02:30

La force d’un parti de gauche, c’est l’intelligence collective de tous ses militants.

 


Respecter nos idées, c’est respecter nos militants.


L’ouverture en général, et au Parti socialiste, cela pourrait signifier offrir aux militants, cadres ou non, un peu de respect et d’écoute. Le respect de chaque contribution, pour laquelle il faut une réponse. Il n’est pas normal que des hommes et des femmes réfléchissent et élaborent des documents qui ne seront pas lus. Pour preuve, il suffit de voir le nombre de contributions élaborées lors du dernier congrès du Mans en novembre 2005. Combien de militants ont participé à des travaux dans des commissions nationales, fédérales ou de sections ou ont adressé à des responsables des propositions sur divers thèmes, et pour lesquelles ils ont rarement eu de réponses ? C’est parce que nos militants et nos sympathisants travaillent, qu'on ne peut pas laisser dire que notre Parti ne produit plus d’idées, et n’a pas de programme. Il faut donc imaginer des moyens, une organisation plus efficace, pour que les travaux des militants soient mieux intégrés à la réflexion des cadres du parti, dans les fédérations comme à Solferino. Il ne s’agit pas d’opposer, de façon populiste et artificielle, les " sachants " et les autres, l’élite et le peuple. Parce que nous avons une autre idée de la solidarité, nous refusons le principe théorique qui veut que ce ne soit pas le peuple qui ait les cartes en main, mais les " sachants ". Utopiste ? Oui et socialiste ! A gauche, il n’y a pas de " charges " mais des responsabilités, et d’abord envers l’engagement à changer la vie de ceux qui espèrent. Et pour créer l’espoir, il faut en avoir l’envie et la sincérité, c’est sans doute une des originalités de l’engagement militant à gauche. Un club de réflexion c’est bien, et ils apportent au débat de fond. Un parti qui fait travailler ses militants, en y associant les clubs et les associations de gauche, c’est préférable. C’est l’idée même de militer ou de s’engager qui doit être revisitée, parce que les militants ne doivent plus être cantonnés à des tâches spécialisées, une espèce d’O.S (Ouvrier Spécialisé) de la politique. Ils ne sont pas uniquement utiles à faire nombre dans les réunions, à coller, à distribuer des tracts ou à tenir un bureau de vote. Le nouveau militantisme socialiste doit être repensé de façon globale, dans l’intérêt du parti et de sa re dynamisation politique.


Se former pour agir plus librement : une université ouverte à tous les militants et sympathisants.


Notre Parti a besoin de créer un outil, raisonnable et efficace, pour diffuser ses réflexions, pour mieux partager ses actions, l’idée du socialisme. Nous sommes les promoteurs de la formation tout au long de la vie, et nous avons le formidable maillage des sections et de nos puissantes fédérations. Posons sur cet organigramme un outil de formation, qui aurait la liberté nécessaire pour s’ouvrir à toutes les idées de progrès et à toutes les humanités. Un lieu sans aucune barrière de diplômes, sauf à permettre à chacun d’y trouver des savoirs utiles à son épanouissement et à son engagement dans la société civile, dans la gestion de la cité : rendre populaire la gestion des collectivités, le fonctionnement de l’impôt, les mécanismes économiques, etc.


Nous proposons la création d’une université populaire et socialiste.


Les premières universités populaires sont apparues à la fin du XIXe siècle, dans la rencontre de syndicalistes et d'intellectuels ; mais elles furent rapidement critiquées et affaiblies par des facteurs historiques comme la guerre mondiale, l’affaiblissement du syndicalisme et de la lutte des classes. En 2001, le médiatique Michel Onfray lançait l'Université populaire de Caen suivie aux quatre coins de France par d’autres expériences, dont celle de Lyon. L'université populaire retient de l'Université traditionnelle la qualité des informations transmises, le principe du cycle de l’université traditionnelle qui permet d'envisager une progression personnelle. La gratuité est le principe de base : pas d'âge requis, ni de titres ou de niveaux demandés, pas d'inscriptions ni de contrôle des connaissances, pas d'examens, ni de diplômes délivrés. Le cours est dispensé une fois par semaine sur une séance de deux heures : la première est un exposé argumenté, la seconde une discussion de celui-ci. Elle emprunte au café philosophique l'ouverture à tous les publics, l'usage critique des savoirs, la pratique du dialogue comme moyen d'accéder au contenu. Des événements sont organisés pour nourrir un débat ou la fin d’un cycle autour d'un artiste invité. Il s’agit d’organiser des débats, des projections, des petites formes de spectacles vivants et un atelier pour enfants. C’est l’aspect interactif de ce concept qui nous intéresse, pour ouvrir l’action militante vers une forme plus vivante. Mais loin de nous l’idée de substituer une structure au parti, l’université ouvre le parti et en fait un lieu d’échange et de formation. Le militant et le parti y trouvent un intérêt bien compris.Rappelons que le Parti communiste a permis à une époque à des ouvriers, des employés, des agents de maîtrise ou des cadres moyens, après formation, d’exercer un mandat électoral : maire, conseiller général ou député. C’est donc un moyen de reconquête de l’ "lectorat populaire et de la classe moyenne. En effet, la gauche a pour vocation de faire entrer dans le débat national les questions sociétales les plus innovantes pour l’évolution de la société, cela doit aussi être vrai pour l’émergence de nouveaux élus. Il faut reconnaître que les chantiers de la gauche depuis 1981, en 1988 et en 1995, n’ont pas été tous des succès. Nous n’avons pas su transformer la vie des citoyens des classes populaires vivant dans les cités HLM ou en zones rurales, et de citer : le chômage supérieur à la moyenne nationale, rappelons que les quartiers populaires sont depuis trop longtemps confrontés à la pauvreté, au manque d'emplois ou la disparition des emplois peu qualifiés (délocalisations ou suppressions de postes dans la fonction publique ou conséquence de l’automatisation et de l’informatisation), à la confrontation quotidienne avec le culte de l'argent roi, au fléau de la drogue, à l'ennui des jeunes, à l'insécurité (réelle ou ressentie ; aux troubles du voisinage et au mal vivre), à la réduction ou la suppression des services publics, etc. Le constat est le même pour ce qui est d’enrayer l’échec scolaire et les inégalités. Depuis 1994, ce sont 150 000 jeunes qui sortent du système scolaire en échec, chaque année.


Il nous faudra donc fonder un nouveau pacte social, pour que la classe moyenne puisse exister et être accessible à la classe populaire.


L’ascenseur social ne sert à rien si on asphyxie la classe moyenne ou si on l’oppose aux plus fragiles. Il faut avoir le courage de s’attaquer aux quartiers populaires et de décider de donner la priorité à la sécurité sociale de ces quartiers : pas de quartier de non droit, la culture pour tous et de haut niveau, une justice et une sécurité de proximité, un contrat local et social avec chaque famille. C’est un socialisme qui s'attaque aux inégalités dès la naissance, pour une intégration et un accueil de qualité. L’objectif est que tous les enfants de France puissent grandir avec les mêmes moyens. Pourquoi poursuivre une politique de la ville qui saupoudre et territorialise à l’extrême (politique de zonage) les budgets de droit commun destinés aux quartiers prioritaires ? La France des banlieues, celle des locataires qui ne pourront jamais posséder un patrimoine immobilier, a besoin d’un ministère de la construction et du logement, maîtrisant les questions " de A jusqu’à Z ", et surtout la politique de la ville. L’idée sur le logement est d’offrir aux français un toit pour tous, un droit à l’acquisition de son logement par des prêts réglementés par l’Etat, et un droit à l’accession au parcours résidentiel.

Le mouvement des jeunes socialistes est une formidable pépinière de talents. Elle peut se ressourcer dans toutes les catégories de la jeunesse de France. Le mouvement doit aller davantage vers les jeunes qui n’ont plus cette culture militante, de ces jeunes au chômage, vivant de petits boulots ou salariés précaires sans avenir professionnel, en échec scolaire qui désespèrent d’eux-mêmes, et de l’action en politique. La jeunesse a des facilités qu’elle doit utiliser pour jeter des ponts vers ceux qui n’osent pas ou ne croient plus en la politique. La jeunesse peut s’appuyer sur nos références communes, qui sont Jean Jaurès, Léo Lagrange et Léon Blum. Comment avons-nous pu rester sans réaction quand Nicolas SARKOZY a récupéré à son profit Jean Jaurès et Blum dans les usines ou dans ses meetings ? Sans doute, avons-nous honte de nos racines populaires et ouvrières, comme des enfants devenus adultes ont parfois honte du métier de leurs parents.


Notre Parti doit s’ouvrir aux classes populaires lors de la prochaine campagne d’adhésion : aux ouvriers, aux employés, aux salariés précaires, aux chômeurs, aux retraités pauvres, à la jeunesse défavorisée, aux allocataires, érémistes ou " COTOREP " (Commission Technique d'Orientation et de Reclassement Professionnel. Elle a été créée par la Loi d'orientation en faveur des personnes handicapées en 1975 (Loi n° 75-534 du 30 Juin 1975)). Ils apporteront un autre regard sur la vie quotidienne et du mal de vivre de nos concitoyens les plus fragiles. Et nous n’oublierons pas les classes moyennes intermédiaires, issues le plus souvent des classes populaires : unir la France d’en bas, pour construire ensemble la France d’en haut. Aujourd’hui, il est temps de nous retrouver dans des universités populaires pour partager tous les savoirs, ceux de la rue, des ateliers, du militantisme associatif ou syndicaliste, comme ceux qui nous viennent des livres et de l’esprit.


Les auteurs : Claude Bouchafa, membre de la commission administrative de la section François Mitterrand Paris 15, et Hakim Chalane, membre de la commission fédérale de Paris, membre de la commission administrative de la section Paul Teitgen Paris 16.

Par hakim - Publié dans : DEBATS SOCIALISTES
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