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Jeunesses, avec un « s ».
« Ô jeunesse, jeunesse ! Je t'en supplie, songe à la grande besogne qui t'attend. Tu es l'ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d'équité, posés par le siècle finissant… » (Lettre à la Jeunesse par Emile Zola)
photographie 24/11 CET euronews
Un cinquième des Français constitue la jeunesse de France. 20 ans après la sociologie américaine, Edgar Morin dessinait les contours de la jeunesse française dans un ouvrage publié en 1967, Commune en France, la métamorphose de Plozevet : un allongement de la durée des études (le taux d'emploi des jeunes de moins de 25 ans est inférieur à 30%, contre près de 50% en moyenne dans les pays de l'OCDE) et l’apparition d'un taux de chômage des jeunes important ; une conséquence liée à la massification scolaire et à l'augmentation de la population étudiante. Ainsi, certaines caractéristiques intrinsèques de ce groupe social apparaissaient à la lumière de l’étude d’Edgar Morin : différence des parcours d'insertion entre jeunes diplômés et jeunes sans qualifications, entre garçons et filles, mais aussi entre jeunes français de toutes origines. Le caractère durable du chômage avec des crises économiques de plus en plus fréquentes obligea les pouvoirs publics à développer continuellement une panoplie de mesure pour insérer les jeunes dans l’emploi, pour aboutir parfois à un « véritable maquis institutionnel et juridique», qui nécessitera à son tour une nouvelle réforme du dispositif pour plus de lisibilité et d’efficacité. Mais cette réforme appellera à son tour un nouveau train de mesures pour former en définitive une véritable « bureaucratie » de l’insertion socioprofessionnelle. Au final, ce qui est mis en place en faveur des jeunes est très éloigné de leurs demandes, de leurs besoins et de leurs possibilités. Aussi, il est nécessaire qu’ils soient acteurs de leur avenir.
Léo Lagrange, le sous-secrétaire d’Etat aux sports et à l’organisation des loisirs sous le Front Populaire, ne disait-il pas « Il ne faut pas tracer un seul chemin, il faut ouvrir toutes les routes ». Alors plutôt que de réfléchir pour eux, ne serait-il pas préférable de réfléchir avec eux ?
Parmi la jeunesse, Il existe une autre jeunesse qui n’a pas accès à la politique, à l’économie, à la culture, et aux médias. C’est la France des…
Jeunes travailleurs ou de salariés précaires,
Jeunes apprentis, en contrat de professionnalisation ou lycéens professionnelles,
Jeunes chômeurs suivis en général par les missions locales,
Jeunes qui galèrent dans les cités HLM ou dans les villages,
Jeunes exclus (toxicomanes, sans domicile fixe, ayant fait de la prison,…),
Jeunes diplômés de milieu modeste, peu ou pas reconnus malgré leur mérite,
Jeunes endettés avant d’entrer dans la vie active.
Oui, la Politique, et la Gauche, puisque nous en sommes, doit pouvoir proposer à la jeunesse qui n’entrera pas dans la vie avec un patrimoine un véritable espoir d’évolution, des perspectives de changement. C’est la condition sine qua none pour retrouver un électorat qui se désespère dans les quartiers populaires ou les zones rurales désertées par l’activité économique. Ces jeunes sont la majorité silencieuse pour laquelle la politique a l’impérieuse nécessité de trouver les mots, les actes, les projets. A la lumière de la dernière étude du Secours Catholique (la première date de 1995) conduite à partir d'un échantillon de jeunes de 18-25, on découvre que pour 42,3% des jeunes interrogés ont pour vœu le plus cher d'avoir un travail. Une réponse qui ne surprend pas quand on lit un peu plus loin que les jeunes subissent de plein fouet la crise économique et sociale. Ils représentent 12% des dossiers des centres. Un jeune sur cinq vie sous le seuil de pauvreté, et un sur quatre connaît le chômage, avec des pics allant jusqu’à 40 % pour les jeunes sans formation. Il est temps de reconnaître que les jeunes français cumulent tous les risques. Les risques liés à la précarité, à l’échec scolaire, à la difficulté à se former et à trouver des débouchés selon leur formation, à l’insertion dans l’emploi par manque de logement, à l’accès à l’autonomie tout simplement. D’où cette segmentation de la jeunesse fragile décrite par l'étude du Secours Catholique, qui s’appuie sur ses dossiers d'accueil : les jeunes en extrême précarité ; les jeunes en recherche d'emploi ou en formation ; les jeunes travailleurs ; les jeunes mères célibataires (une jeune maman élevant seule son enfant perd en moyenne 33% de ses revenus); les jeunes familles françaises.
Comment trouver dans les solutions du passé des pistes d’avenir ?
Déjà dans les années 70, le système scolaire ne répondait pas ou trop peu aux besoins des entreprises et on assistait à la dégradation de l’emploi en général et à la montée du chômage chez les jeunes en particulier. Aussi, le Premier ministre de l’époque, Pierre Mauroy, écrivait dans sa lettre du 10 juin 1981, adressée à monsieur le Professeur Bertrand Schwartz : « L’entrée des jeunes dans la vie active, après la fin de la scolarité, est devenue pour beaucoup d’entre eux une véritable course d’obstacles et une période d’incertitude et de déstabilisation. La crise économique et l’ampleur du chômage ne sont pas seuls responsables de cette situation. L’organisation actuelle du système éducatif, de la formation professionnelle et des services d’information, d’orientation et de placement, les dispositifs d’insertion professionnelle mise en place au cours des dernières années, ainsi que les aides au premier emploi ne procèdent pas d’une conception d’ensemble, mais de la juxtaposition de dispositions parfois contradictoires et souvent conjoncturelles… Votre étude devra aboutir à un ensemble de propositions permettant d’établir une meilleure articulation de tous les services publics concernés, de telle sorte que les jeunes de cet âge ne soient jamais condamnés au chômage, ni à des emplois par trop précaires, qu’ils aient la possibilité d’acquérir la culture et la formation qui leur permettront de s’adapter aux changements à venir et qu’ils bénéficient des moyens d’orienter leur vie professionnelle vers les emplois qui correspondent le mieux à leurs goûts et à leurs capacités » (Lettre du Premier ministre, l’insertion professionnelle et sociale des jeunes, rapport au Premier ministre, Bertrand Schwartz, la documentation française, 1981).
Ainsi, dans le rapport commandé par le Premier ministre, le Professeur Bertrand Schwartz livre une analyse qui n’a rien perdue de son actualité : « la crise accroît non seulement les inégalités entre jeunes et adultes, mais aussi les inégalités des jeunes entre eux». Il met en exergue une discrimination des moins qualifiés qui sont de facto exclus. Le rapport Schwartz souligne que « le nombre des emprisonnements a augmenté de 40% en 3 ans » (L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, p.26) ; et insistait sur la nécessité de qualifier socialement et professionnellement les jeunes, qu’il faut « utiliser les capacités créatrices des jeunes et les préparer à une qualification sociale », et « associer les jeunes à toutes les décisions qui concernent la société et agir sur la société dans son ensemble». Pour ce faire, le rapport propose de « garantir une qualification professionnelle et sociale pour tous les jeunes de 16/18 ans et de favoriser l’insertion professionnelle des jeunes de 18/21 ans » (L’insertion professionnelle et sociale des jeunes, p.33). Dans cette perspective, la mise en place des Missions Locales manifestait l'intention d’organiser une mobilisation institutionnelle et sociale, et surtout une transformation des actions publiques, au plus près des jeunes.
A la suite de ce rapport et de ses premières solutions, l’Etat a déployé une série importante de programmes et d’actions d’insertion, dont la première caractéristique est la multiplicité et la diversité des dispositifs ; et des incitations financières en direction des entreprises sont instaurées en échange de l’embauche de jeunes (le dispositif Défi jeune est créé en 1987 le contrat Emploi solidarité ou CES est créé en 1989 ; le contrat Emploi consolidé ou CEC est créé en 1993 ; l’aide au premier emploi des jeunes ou APEJ a été créée en 1994 ; le contrat initiative emploi ou CIE est créé en 1995 ; l’allocation de remplacement pour l’emploi ou ARPE a été créée en 1995 ; le contrat de qualification est créé en 1991 ; le programme « nouveaux services-nouveaux emplois).
Si les résultats sont incontestables (le CFI permettait à 57% des jeunes de trouver un emploi), les résultats en termes de qualification et d’emploi se sont avérés décevants. Aussi, le dispositif de formation et d’insertion professionnelle des jeunes se réorienta vers une logique d’individualisation de la relation avec les jeunes, du parcours et de la formation.
Le rapport Charvet (D. Charvet (sous la présidence de) « Jeunes et politiques publiques », Rapport du Commissariat général du plan, la Documentation française, 2001) proposait d’organiser le passage de l’école à l’emploi autour d’un droit à l’éducation mieux affirmé et adossé à un droit pour tout jeune à l’expérience professionnelle.
Ce projet reposait sur deux principes. D’abord, il faut considérer la jeunesse comme un investissement collectif dans l’avenir et non comme une charge. Dès lors, il convient de s’interroger sur la nature des arbitrages intergénérationnels qui sont nécessaires dans l’affectation des ressources publiques. Ensuite, l’efficacité des interventions en direction des jeunes en difficulté suppose d’engager des réformes qui concernent l’ensemble des jeunes, tant en ce qui concerne le système éducatif lui-même, que la politique d’insertion professionnelle et d’accès à l’emploi, et la politique familiale. Force est de constater que l’insertion socioprofessionnelle est irrémédiablement liée à l’école et à la formation. L’insertion interpelle donc en premier lieu l’école. Enfin, posons la question de savoir comment produire de la richesse et comment créer de l’emploi durable avec un salaire décent et des perspectives d’évolution professionnelle ? Les jeunes, comme leurs parents, ne s’épanouiront que s’ils peuvent accéder à un CDI, le reste étant un palliatif.
Que proposer pour accompagner les jeunes vers l’emploi durable ?
Le Secours Catholique avance dans son dernier rapport parmi 17 propositions, la création d'une allocation de soutien à l'autonomie des jeunes, l'extension du RSA "activité" dès 18 ans, et le maintien des prestations familiales jusqu'aux 20 ans du dernier enfant rattaché au foyer.
Nous proposons 7 chantiers autour de l’emploi, de la formation, du logement, d’un pacte social des acteurs de l’insertion, et des jeunes.
1 L’emploi : revaloriser les aides aux entreprises qui s’engagent dans la promotion internes des jeunes salariés peu ou pas qualifiés. Elles devront réserver un pourcentage du plan de formation aux jeunes travailleurs, sous le contrôle de l’inspection du travail.
2 La formation : créer un CIF Jeunes. Par exemple, les OPCA, FONGECIF réserveraient une enveloppe spécifique aux jeunes.
3 L’accompagnement vers la vie active : renforcer les missions locales par un contrat d’objectif lié à une meilleure visibilité de leur financement à long terme pour suivre les jeunes, jusqu’au retour à l’emploi.
4 Le logement : engager un plan quinquennal pour le logement des jeunes en partenariat avec les collectivités, les associations, les bailleurs sociaux, les propriétaires privés et l’Etat : « pas un jeune sans un toit ».
5 Le logement des étudiants et des jeunes travailleurs : revoir notre ambition pour les logements étudiants et pour les foyers de jeunes travailleurs avec un personnel formé pour accompagner les jeunes dans divers domaines fondamentaux (droit du travail, santé, soutien administratif, etc.).
6 Les associations : assurer dans un acte II de la décentralisation une sanctuarisation des crédits aux associations capables d’accompagner les jeunes victimes de la solitude, de l’ennui, de l’échec scolaire, de la dépression, de la toxicomanie, des difficultés à assumer le quotidien (alimentation, logement, santé, reprise d’une formation ou d’un cursus scolaire ou universitaire). Cela pourrait prendre la forme d’un contrat social avec les associations (un partenariat entre l'État et les associations caritatives comme Emmaüs, le Secours Populaire, ATD Quart Monde, JOC, le Secours Catholique, etc.).
7 Motiver la jeunesse qui s’engage : récompenser de façon ostentatoire les jeunes porteurs de projets individuels, et collectifs au service de l’intérêt général (solidarité, sport, culture, étude, recherche d’emploi ou création d’entreprise, militantisme, etc.)
Parce que la jeunesse est une étape importante de la vie, une espérance pour le pays, n’oublions pas que si le Secours catholique voit arriver depuis le début de la crise financière, de plus en plus de jeunes, il accueille de très nombreux compatriotes âgés entre 50 et 60 ans.
Plus que jamais, la solidarité intergénérationnelle trouve son sens dans le combat contre toutes les précarités.
François Hollande, candidat du Parti socialiste, en choisissant de proposer la création de 60 000 postes dans l’Éducation nationale sur cinq ans, révèle son ambition pour la jeunesse. A l’opposé, les critiques du gouvernement confirment une autre ambition, celle héritée du bouclier fiscal.
La première des discriminations est celle fondée sur les inégalités sociales.
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Hakim Chalane, 16ème arrondissement - section Daniel Sérus PS 17, Paris – Membre Fédération de Paris. |
Claude Bouchafa, 15ème arrondissement - section François Mitterrand PS 15, Paris |
Lettre à la Jeunesse par Emile Zola : « Ô jeunesse, jeunesse ! Je t'en supplie, songe à la grande besogne qui t'attend. Tu es l'ouvrière future, tu vas jeter les assises de ce siècle prochain, qui, nous en avons la foi profonde, résoudra les problèmes de vérité et d'équité, posés par le siècle finissant… ». Nous, les vieux, les aînés, nous te laissons le formidable amas de notre enquête, beaucoup de contradictions et d'obscurités peut-être, mais à coup sûr l'effort le plus passionné que jamais siècle ait fait vers la lumière, les documents les plus honnêtes et les plus solides, les fondements mêmes de ce vaste édifice de la science que tu dois continuer à bâtir pour ton honneur et pour ton bonheur. Et nous ne te demandons que d'être encore plus généreuse, plus libre d'esprit, de nous dépasser par ton amour de la vie normalement vécue, par ton effort mis entier dans le travail, cette fécondité des hommes et de la terre qui saura bien faire enfin pousser la débordante moisson de joie, sous l'éclatant soleil. Et nous te céderons fraternellement la place, heureux de disparaître et de nous reposer de notre part de tâche accomplie, dans le bon sommeil de la mort, si nous savons que tu nous continues et que tu réalises nos rêves. »
| Février 2012 | ||||||||||
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