Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 12:42
 
     

Les Jours Heureux.

"Les Jours Heureux", tel est le nom du programme du Conseil national de la Résistance, conçu et diffusé à travers toute la France en 1944, afin de préparer la libération du territoire et la renaissance de la nation française. Les rédacteurs du programme de 1944 voulaient restaurer un ordre social plus juste, et ils écrivaient " la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l'image de sa grandeur et la preuve de son unité ". Pour mettre en oeuvre leur dessein ils avaient une méthode, qu'il résumait ainsi " Ce n'est, en effet, qu'en regroupant toutes ses forces autour des aspirations quasi unanimes de la Nation, que la France retrouvera son équilibre moral et social et redonnera au monde l'image de sa grandeur et la preuve de son unité."


Alors loin de toute polémique, admettons que si la Droite souhaite parler des valeurs et de la nation, elle en a le droit ; à la Gauche de s’interroger sur l’internationalisme, comme valeur, et sur la république pour idéal de la nation.


Le programme de mars 1944 constitue encore de nos jours le socle des conquêtes sociales aujourd'hui menacées et méthodiquement démantelées.
Depuis plus de deux ans, nous assistons à une véritable casse sociale, volontaire et programmée. On s’attaque aux salariés, toute catégorie confondue, cadres et employés, à travers les réformes du code du travail, de la médecine du travail, de la taxation des indemnités pour accident du travail. Dans un contexte de progression du chômage, +0.8% en septembre, près de 500 000 chômeurs depuis un an, 30% de jeunes de moins de 25 ans sont chômeurs, le gouvernement poursuit sa croisade contre le monde du travail. Est-il sourd ou aveugle à la souffrance au travail ? L’entreprise c’est le stress, les arrêts maladies pour dépression et maintenant les vagues de suicides et la violence retournée contre l’employeur. Le contentieux lié au travail progresse : +4% d’affaires jugées aux prud’hommes. Pendant que nos industries disparaissent, le gouvernement prépare une privatisation rampante de la Poste, et on gère de façon très légère les entreprises où l’Etat est majoritaire, l’exemple du secteur de l’énergie est flagrant. Les réponses face aux crises récentes confirment nos craintes pour l’avenir. Quelles sont les décisions prises par le G20 pour répondre aux crises que nous venons de traverser ? Les banques ont soldé leurs dettes, sans avoir à rendre des comptes sur les risques pris. Il y a dans la gestion de cette crise comme une volonté de gaspiller l’argent public. Quel particulier aurait accepté de prêter à sa banque à taux zéro ? Réunis samedi 7 novembre en Écosse, les pays du G20, se sont divisés sur la question du financement de la lutte contre le changement climatique et sur la mise en œuvre d’une taxe sur la finance. Le secrétaire américain au Trésor, Tim Geithner, a refusé une prime d’assurance reflétant le risque systémique, la création d’un fonds, des dispositions sur le capital ou une taxe sur les transactions financières internationales. La fameuse taxe Tobin ou comment taxer les transactions financières, une idée vielle de 40 ans, perçue comme le moyen de moraliser le secteur financier, ne verra pas le jour, faute de volonté politique ou de réalisme politique. Cette taxe pourrait représenter 20 à 30 milliards d’euros par an, pour seulement 0,005% de prélèvements sur les transactions financières. La Suède et les Etats-Unis ont écarté cette taxe. Le F.M.I, institutions née des accords de Bretton Woods a réussi à réunir en 6 mois 500 milliards de dollars, mais son rôle au cœur de l’économie mondiale n’est pas réglé : comment persuader la Chine de confier au F.M.I son assurance en cas de crise ? Comment persuader les Etats développés de laisser une place aux pays émergents ?

Etonnant, en 1944, dans un pays ravagé par la guerre, des hommes et des femmes écrivaient un programme (http://resistance.ftp.free.fr/progcnr1.htm) dont nous sommes les héritiers : la fin des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ; constituer un secteur stratégique des grands moyens de production ; associer les salariés à la gestion de l’entreprise ; assurer un salaire, une sécurité sociale, une retraites convenables pour chaque Français ; garantir aux agriculteurs de pouvoir vivre du travail de la terre ; l’éducation et la culture : la possibilité effective pour tous les enfants français de bénéficier de l’instruction.


Nous sommes dans l’obligation de constater que depuis 2007, la réaction s’acharne à dénaturer notre identité nationale, celle de la Libération, à travers des discours non équivoques, comme celui de Denis Kessler [Ancien numéro 2 du Medef aujourd’hui président du groupe Scor (un des plus grands groupes mondiaux de réassurance), membre du Conseil économique et social, de la Commission des comptes de la nation, il exerce plusieurs mandats d’administrateur, notamment au sein de BNP Paribas, Bolloré Investissement, Dassault Aviation… Il sévit en outre depuis peu en tant qu’éditorialiste dans le magazine économique Challenges]. Voici ce qu’il y a écrit le 4 octobre, avec le parfait cynisme des " grands " de ce monde : " Le modèle social français est le pur produit du Conseil National de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme (…) La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance. Ce compromis (entre les communistes et les gaullistes) forgé dans une période très chaude et particulière de notre histoire contemporaine (où les chars russes étaient à deux étapes du Tour de France, comme aurait dit le Général), se traduit par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette "architecture" singulière a tenu tant bien que mal pendant plus d’un demi-siècle. Il aura fallu attendre la chute du mur de Berlin, la quasi-disparition du parti communiste, la relégation de la CGT dans quelques places fortes, l’essoufflement asthmatique du Parti socialiste comme conditions nécessaires pour que l’on puisse envisager l’aggiornamento qui s’annonce. Mais cela ne suffisait pas. Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux ". Ce discours de revanche sociale augure ce que le gouvernement actuel appelle la France réformée.

Nous aurions donc intérêt à revisiter un texte qui demeure d’actualité, et à nous interroger pour comprendre comment un texte à la pointe du progrès économique et social dans une période aussi sombre de notre histoire, ne trouve pas d’échos dans une France et une Europe qui n’a jamais été aussi riche ? Sans doute que le rapport des forces politiques a changé. La justice sociale ne serait donc brandit que dans les périodes de pénurie, tandis que la prolifération des richesses justifierait l’acceptation des inégalités à tous les domaines de la société, sinon à les corriger à la marge. On accepte aujourd’hui de sacrifier nos retraites et nos dépenses de santé sur l’autel du pragmatisme de convenance, alors que nos aînés préparaient un monde plus juste, parce que libéré des " forces de l’argent ". Alors assumons notre hérésie en économie, et appelons la sociale démocratie à enterrer ses illusions de réforme du libéralisme. Nous sommes à la fin d’un cycle, entre le productivisme à outrance et la décroissance, il y a une phase à préparer pour assurer à notre pays une transition " douce ". Nos aîné(e)s, auraient-ils imaginé dans une France riche, la mise en place des Restos du cœur, un nombre aussi important de sans domicile fixe (SDF), une pauvreté, un chômage et une précarité galopants, et que la majorité des grands médias français seraient entre les mains de grands groupes financiers ?
Oui, il faut sans aucun doute s’interroger sur notre identité nationale, et pourquoi pas internationale.
Que restera-t-il de notre identité nationale, de la France résistante, si nous nous résignons encore longtemps ?
Alors résistons !

Hakim CHALANE.

Par hakim - Publié dans : DEBATS SOCIALISTES
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