A une écrasante majorité, les eurodéputés ont refusé en particulier d'approuver la semaine à 65 heures que voulait imposer le Conseil
des ministres des 27.
C'est le résultat de la mobilisation sans relâche des syndicats européens. Le Parlement de Strasbourg dit "non" à la semaine des 65 heures! Plus 500 eurodéputés sur 700 ont refusé mercredi
d'avaliser le projet contesté de révision de la directive sur le temps de travail qui avait été adopté en juin en dernier par la majorité (qualifiée) des 27 ministres de l'Emploi de l'Union
européenne (UE). Ce texte, dont on a parlé ici (voir nos articles du 5 et 12 juin 2008) proposait par divers moyens de déroger à la durée légale communautaire de 48 heures par semaine. Il
prévoyait notamment de légaliser l'"opt out" britannique qui permet aujourd'hui aux entreprises d'Outre-Manche, via des accords de gré à gré, de faire travailler leurs salariés, pratiquement sans
limite de temps. Il envisageait également d'exclure le temps de gardes de la durée du travail, notamment dans le secteur médical. In fine, les salariés du vieux continent auraient alors pu être
appelés à travailler en moyenne jusqu'à 65 heures hebdomadaires. Le rejet du projet de directive par une écrasante majorité des eurodéputés est non seulement un camouflet pour le Conseil des
ministres des 27 et la Commission de Bruxelles mais aussi pour la présidence Sarkozy de l'UE, qui avait renié sans scrupules les engagements pris jusque-là par la France de ne pas approuver un
tel projet. Très déçu, le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a recommandé mercredi à la prochaine présidence tchèque de trouver un compromis "le plus tôt possible" car, selon lui, "le statu
quo" ne serait "satisfaisant pour personne, ni pour les salariés, ni pour les entreprises, ni pour les Etats".Une forme de mépris du vote des députés européens qui, eux, semblent avoir entendu
les critiques et les craintes exprimées par les salariés. D'où une certaine satisfaction des syndicats, en particulier de Force Ouvrière. Par la voix de son secrétaire confédéral chargé du
secteur International-Europe, Yves Veyrier, la centrale syndicale s'est réjouie de ce "blocage par le Parlement d'un texte qui aurait constitué un recul social à grande échelle des droits des
travailleurs et un vrai danger pour leur santé et leur sécurité. Pour lui, "c'est là aussi le résultat d'une mobilisation syndicale au niveau européen, depuis 2004, via notamment la CES, la
Confédération européenne des syndicats à laquelle sont affiliés plusieurs organisations syndicales françaises, dont FO". A chaque fois ou presque que le dossier du temps de travail était
(re)discuté au niveau des institutions communautaires, cette mobilisation se traduisait en effet par des manifestations d'ampleur. Rassemblant plus de 15 000 personnes venues de toute l'Europe,
la dernière a lieu mardi aux abords du Parlement de Strasbourg au moment où les députés s'apprêtaient à débuter l'examen du projet du Conseil des ministres. Pour autant, a prévenu Yves Veyrier
(FO), "les salariés devront rester vigilants et ne pas relâcher la pression, parce que le combat n'est pas terminé, dans la mesure où son issue dépendra de la procédure de "conciliation" qui doit
maintenant être lancée pour tenter de rapprocher les positions entre le Parlement et le Conseil". C'est uniquement en cas d'échec de la procédure que la directive sera renvoyée... aux calendes
grecques.
Extrait du communiqué de Force Ouvrière.