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CONSTRUIRE UNE NOUVELLE PERSPECTIVE À GAUCHE (l’intégralité de ce texte de quinze pages est disponible sur le site de la section à la
page « Socialiste » de la fenêtre d’accueil en cliquant sur le lien : http://www.ps-paris16.org/?rub=27)
Venant de diverses sensibilités au sein du Parti Socialiste, nous avons ressenti le besoin de réfléchir ensemble à ce que nous venons de vivre à l’occasion de l’élection présidentielle et,
plus largement, depuis 2002.
Nous, Kader ARIF, parlementaire européen, Jean-Pierre CAFFET, sénateur, Marie-Arlette CARLOTTI, parlementaire
européenne, Francis CHOUAT, vice-président du Conseil général de l’Essonne, Guy DELCOURT,
député, Harlem DESIR, parlementaire européen, Laurence DUMONT, députée, Catherine
GENISSON, députée, Adeline HAZAN, parlementaire européenne, Anne HIDALGO, première adjointe au maire de Paris,
François LAMY, député, Annick LEPETIT, députée, Bernard POIGNANT, parlementaire européen, Clotilde VALTER, conseillère générale du Calvados
vous invitons à vous saisir de ces premières réflexions, à en débattre et à les nourrir.
Au terme d’une période électorale intense, marquée par une mobilisation civique exceptionnelle à l’élection présidentielle, notre pays
entre dans une phase nouvelle.
Nous entendons y contribuer en respectant les instances de notre parti et tous les militants socialistes. Leur
engagement et leur dévouement ont été exemplaires pendant cette période électorale.
Notre conviction est que le Parti socialiste a besoin d’une profonde refondation comme à d’autres moments de son histoire. Mais il
ne part pas de rien et, malgré la défaite, il ne sort pas exsangue de cette longue phase
électorale.
Tirer les enseignements politiques de la campagne présidentielle
Le moins que l’on puisse dire est que la défaite ne s’apparente pas à une chronique
annoncée.
Rarement depuis 20 ans nous n’avions connu une situation aussi favorable pour traduire dans les urnes la volonté de changement du
peuple.
Un tel renversement de situation en quelques mois (de novembre 2006 à avril 2007) mérite que l’on débatte de ce qui n’a pas fonctionné et de ce qui s’est enrayé.
Faisons-le franchement, tranquillement, collectivement, car il ne sert à rien de nier la réalité en
transformant un score de 46,9% en quasi-victoire et d’occulter des points majeurs de débat. C'est la seule façon de porter collectivement la
responsabilité de l'échec pour mieux en tirer toutes les conséquences.
Nous en suggérons quelques-uns.
La vie et le fonctionnement collectifs du Parti socialiste depuis 5 ans. Les efforts déployés depuis 5 ans pour rassembler les socialistes après le 21 avril 2002 n’ont pas été
accompagnés du travail nécessaire pour concentrer les énergies sur la préparation de l’alternative de 2007.
Les conditions de désignation de notre candidate. Ce fut considéré comme un grand moment de démocratie. Mais n’aurions-nous pas dû nous saisir de cette période-clé pour
construire l’adéquation entre le projet et le candidat ?
Le rapport au Parti socialiste. Il n’a pas été de bonne qualité. Le parti a été présenté comme une structure gênante parce que sclérosée, une sorte de « boulet
».
La dénonciation insuffisante du bilan de la droite et l’absence d’une réelle confrontation gauche/droite. Les
moments pendant lesquels a été pointée la politique du gouvernement sur les sujets-clés de la croissance, de la dette, du bouclier fiscal, de la précarité au travail
(CPE), de la sécurité, ont été trop rares.
La stratégie de rassemblement pour le second tour et le rapport à F. Bayrou. A deux jours du premier tour, François Bayrou était
encore décrit comme l’autre candidat de la droite avec qui rien n’était possible et les rares socialistes qui prônaient ouvertement l’alliance au centre étaient vertement
tancés. Le 24 avril, il devenait un partenaire stratégique voire un éventuel Premier ministre !
Mais c’est surtout et avant tout sur le fond des enjeux
de cette élection présidentielle que nous sommes apparus en retard dans notre analyse de l’état du
monde, de la société française, des attentes des citoyens, en nous montrant incapables de les concrétiser dans un corps de propositions suffisamment crédibles.
Une dimension idéologique à la défaite
1) Quelques éléments de diagnostic.
Voila près de 20 ans que le monde et notamment l’organisation planétaire de la production et de la répartition des
richesses ont progressivement mais radicalement changé. Les conséquences politiques ne se sont pas fait attendre.
L’émergence puis la consolidation de ce capital très financiarisé et internationalisé ont singulièrement modifié les rapports sociaux.
Ajoutons à cela les autres ingrédients de la mutation de la société française qui vont dans le sens de la désagrégation : le délitement des anciennes solidarités familiales,
culturelles ou de classe et la difficile émergence de nouvelles, la perte de confiance en la politique
comme facteur de progrès individuel ou collectif, l’affaiblissement considérable d’attraction des grandes idéologies qui ont durablement structuré la vie politique française, le repli sur la
sphère privée qui en est le corollaire.
L’idée même de progrès est en recul. Il n’est plus lié à un projet collectif ou humain. Il se fait sous l’emprise de la concurrence et de la
compétition.
Peut-être sommes-nous d’ailleurs à un tournant de la civilisation
où les préoccupations individuelles ont pris le pas sur l’intérêt collectif.
C’est avec cette toile de fond que s’est déroulée la campagne présidentielle et Nicolas Sarkozy l’avait bien compris.
2) L’insuffisance de nos réponses.
Schématiquement et pour aller à l’essentiel, la droite a plus de cohérence dans le modèle de
société qu’elle avance : le modèle anglo-saxon où les systèmes collectifs de protection cèdent le pas à l’individu censé pouvoir
réussir dès lors qu’il en a la volonté.
L’autre modèle socio-économique qui fonctionne est ce qu’on appelle aujourd’hui le modèle scandinave. Ce modèle scandinave se caractérise par le concept de « flexibilité-sécurité». Ce
type de politique coûte cher. L’Etat est très présent : liberté accrue de licencier, mais indemnités de chômage élevées (90% de l’ancien
salaire avec un plafond de 2900 euros comme au Danemark par exemple), sécurisation des droits et des qualifications et obligation pour un chômeur de ne pas refuser à l’infini une offre d’emploi
qui correspond à son profil professionnel.
L’un des problèmes du PS est qu’il n’a pas su s’inspirer ni aller au bout de l’analyse de ce qui fonctionne à l’étranger pour définir un
modèle cohérent qui soit perçu comme une alternative à la voie libérale individualiste proposée par
Nicolas Sarkozy.
La bataille que nous devons engager aujourd’hui dans le cadre de la refondation de la gauche devra toutefois être tout autant idéologique
et culturelle que programmatique et propositionnelle.
Mais cela exige d’être au clair sur une question préjudicielle majeure : le mouvement de la société et du monde se caractérise-t-il
fondamentalement par un effacement du clivage historique entre la droite et la gauche ?
En fait nous ne croyons pas à cette conjecture d’un mouvement d’ensemble de
droitisation de notre société. La réalité, c’est plutôt que nous avons raté politiquement deux rendez-vous essentiels avec le peuple français, celui de 2002 et celui de 2007, et que n’avons pas
produit le travail idéologique nécessaire, ce qui explique la victoire culturelle de la droite.
3) Un contenu nouveau au progrès sans jeter nos valeurs par-dessus bord.
Tout l’art du politique, dans les décennies à venir, consistera probablement à résoudre cette contradiction apparente : concilier l’individu et le
collectif ou plutôt partir de l’individu sans renoncer au collectif.
De surcroît au combat idéologique et culturel, refonder la gauche suppose aussi de revisiter les thématiques qui peuvent
redonner du sens collectif à son projet et à son essence… Une nouvelle alliance entre les couches populaires et les couches moyennes qui les
sécurise et qui permet leur promotion dans un parcours professionnel.
La question de « l’appartenance nationale » - qu’est-ce qu’être Français en ce début de siècle ? – ne pourra pas non plus être longtemps éludée.
L’avenir des services publics est en question en France et dans le cadre européen.
Les socialistes ont longtemps défendu une acception particulière de l’égalité : celle de « l’égalité réelle » censée être assurée ou favorisée par les systèmes de protection collectifs,
traditionnels ou plus récents comme le RMI ou la CMU. Or, ces systèmes largement conçus en économie fermée ou quasi-fermée sont entrés en crise avec la mondialisation.
Reste une autre vision de l’égalité, peut-être plus féconde, consistant à donner à chacun les moyens de partir ou de rebondir correctement dans la vie, autrement
dit une égalité devant l’avenir qui ne peut être assimilée à l’égalitarisme.
Pour une nouvelle dynamique à gauche autour du Parti socialiste
La stratégie de l’UMP de rassembler, à l’occasion de l’élection présidentielle, les 3 courants historiques de la droite
française a fonctionné.
Le mouvement à gauche a été symétriquement opposé. La dispersion de la gauche moins marquée qu’en
2002 a évité son élimination du second tour mais n’a créé aucune dynamique.
Quant au centre, le score inédit de François Bayrou le 22 avril doit être identifié politiquement. Il serait
dangereux d’analyser ses 18,5% comme un tout homogène, générateur d'une adhésion identifiée idéologiquement dans la durée.
Il est donc urgent de travailler à l'ouverture d'une nouvelle perspective de rassemblement. Ce travail est
indissociable de celui sur notre projet et sur notre identité. Il doit être engagé à partir de points de repères clairs.
1) Ce qui doit être visé, c'est une synthèse des gauches et des progressistes et une crédibilisation de l’offre politique présentée par les socialistes qui porte l’assise du PS au-delà
des 30% de l’électorat
2) C'est le Parti socialiste qui doit être le cœur et le moteur de cette nouvelle
synthèse.
Ayons une ambition de nous ouvrir à toutes nos sensibilités et à la société : citoyens, associations, syndicats, intellectuels, forces progressistes d’Europe et du
monde.
Ce qui est en jeu, ce n’est pas d’ouvrir le cycle d’une nouvelle primaire qui, cette fois, durerait 5 ans ! Encore moins de cultiver la propension actuelle à délégitimer nos instances de
délibération et de décision. C’est de construire notre unité, par les idées, pour mériter de convaincre,
demain, une majorité de citoyens.
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