Samedi 21 juillet 2007 6 21 /07 /Juil /2007 16:28

CONSTRUIRE UNE NOUVELLE PERSPECTIVE À GAUCHE (l’intégralité de ce texte de quinze pages est disponible sur le site de la section à la page « Socialiste » de la fenêtre d’accueil en cliquant sur le lien : http://www.ps-paris16.org/?rub=27)

Venant de diverses sensibilités au sein du Parti Socialiste, nous avons ressenti le besoin de réfléchir ensemble à ce que nous venons de vivre à l’occasion de l’élection présidentielle et, plus largement, depuis 2002.

Nous, Kader  ARIF,  parlementaire  européen,  Jean-Pierre  CAFFET,  sénateur,  Marie-Arlette CARLOTTI,  parlementaire  européenne,  Francis  CHOUAT,  vice-président  du  Conseil général   de   l’Essonne,   Guy   DELCOURT,   député,   Harlem   DESIR,   parlementaire européen,   Laurence   DUMONT,   députée,   Catherine   GENISSON,   députée,   Adeline HAZAN,  parlementaire  européenne,  Anne  HIDALGO,  première  adjointe  au  maire  de Paris,  François  LAMY,  député,  Annick  LEPETIT,  députée,  Bernard  POIGNANT, parlementaire européen, Clotilde VALTER, conseillère générale du Calvados vous invitons à vous saisir de ces premières réflexions, à en débattre et à les nourrir.

Au  terme  d’une  période  électorale  intense,  marquée  par  une  mobilisation  civique exceptionnelle à l’élection présidentielle, notre pays entre dans une phase nouvelle.

Nous  entendons  y  contribuer  en  respectant  les  instances  de  notre  parti  et  tous  les militants socialistes. Leur engagement et leur dévouement ont été exemplaires pendant cette période électorale. 

Notre conviction est que le Parti socialiste a besoin d’une profonde refondation comme  à  d’autres  moments  de  son  histoire.  Mais  il  ne  part  pas  de  rien  et,  malgré  la défaite,  il  ne  sort  pas  exsangue  de  cette  longue  phase  électorale. 

Tirer les enseignements politiques de la campagne présidentielle

Le  moins  que  l’on  puisse  dire  est  que  la  défaite  ne  s’apparente  pas  à  une chronique annoncée.

Rarement depuis 20 ans nous n’avions connu une situation aussi favorable pour traduire  dans  les  urnes  la  volonté  de  changement  du  peuple.

Un tel renversement de situation en quelques mois (de novembre 2006 à avril 2007) mérite que l’on débatte de ce qui n’a pas fonctionné et de ce qui s’est enrayé.

Faisons-le  franchement,  tranquillement,  collectivement,  car  il  ne  sert  à  rien  de nier  la  réalité  en  transformant  un  score  de  46,9%  en  quasi-victoire  et  d’occulter  des points majeurs de débat. C'est la seule façon de porter collectivement la responsabilité de l'échec pour mieux en tirer toutes les conséquences.

Nous en suggérons quelques-uns.

La vie et le fonctionnement collectifs du Parti socialiste depuis 5 ans. Les efforts déployés depuis 5 ans pour rassembler les socialistes après le 21 avril 2002 n’ont pas été accompagnés du travail nécessaire pour concentrer les énergies sur la préparation de l’alternative de 2007.

Les conditions de désignation de notre candidate. Ce fut considéré comme un grand moment de démocratie. Mais n’aurions-nous pas dû nous saisir de cette période-clé pour construire l’adéquation entre le projet et le candidat ?

Le rapport au Parti socialiste. Il n’a pas été de bonne qualité. Le parti a été présenté comme une structure gênante parce que sclérosée, une sorte de « boulet ».

La  dénonciation  insuffisante  du  bilan  de  la  droite  et  l’absence  d’une  réelle confrontation gauche/droite. Les moments pendant lesquels a été pointée la politique du gouvernement sur les sujets-clés de la croissance, de la dette, du bouclier fiscal, de la  précarité  au  travail  (CPE),  de  la  sécurité,  ont  été  trop  rares. 

La stratégie de rassemblement pour le second tour et le rapport à F. Bayrou. A deux  jours  du  premier  tour,  François  Bayrou  était  encore  décrit  comme  l’autre candidat de la droite avec qui rien n’était possible et les rares socialistes qui prônaient ouvertement l’alliance au centre étaient vertement tancés. Le 24 avril, il devenait un partenaire  stratégique  voire  un  éventuel  Premier  ministre ! 

Mais   c’est   surtout   et   avant   tout   sur   le   fond   des   enjeux   de   cette   élection présidentielle  que  nous  sommes  apparus  en  retard  dans  notre  analyse  de  l’état  du monde, de la société française, des attentes des citoyens, en nous montrant incapables de les concrétiser dans un corps de propositions suffisamment crédibles.

Une dimension idéologique à la défaite

1) Quelques éléments de diagnostic.

Voila  près  de  20  ans  que  le  monde  et  notamment  l’organisation  planétaire  de  la production et de la répartition des richesses ont progressivement mais radicalement changé. Les conséquences politiques ne se sont pas fait attendre.

L’émergence puis la consolidation de ce capital très financiarisé et internationalisé ont singulièrement modifié les rapports sociaux.

Ajoutons à cela les autres ingrédients de la mutation de la société française qui vont dans le sens de la désagrégation : le délitement des anciennes solidarités familiales, culturelles ou  de  classe  et  la  difficile  émergence  de  nouvelles,  la  perte  de  confiance  en  la  politique comme facteur de progrès individuel ou collectif, l’affaiblissement considérable d’attraction des grandes idéologies qui ont durablement structuré la vie politique française, le repli sur la sphère privée qui en est le corollaire.

L’idée même de progrès est en recul. Il n’est plus lié à un  projet collectif ou humain. Il se fait sous l’emprise de la concurrence et de la compétition.

Peut-être   sommes-nous   d’ailleurs   à   un   tournant   de   la   civilisation   où   les préoccupations individuelles ont pris le pas sur l’intérêt   collectif.

C’est avec cette toile de fond que s’est déroulée la campagne présidentielle et Nicolas Sarkozy l’avait bien compris.

2) L’insuffisance de nos réponses.

Schématiquement  et  pour  aller  à  l’essentiel,  la  droite  a  plus  de  cohérence  dans  le modèle  de  société  qu’elle  avance :  le  modèle  anglo-saxon  où  les  systèmes  collectifs  de protection cèdent le pas à l’individu censé pouvoir réussir dès lors qu’il en a la volonté.

L’autre modèle socio-économique qui fonctionne est ce qu’on appelle aujourd’hui le modèle  scandinave. Ce modèle scandinave se caractérise par le concept de « flexibilité-sécurité». Ce  type  de  politique  coûte  cher.  L’Etat  est  très  présent  : liberté accrue de licencier, mais indemnités de chômage élevées (90% de l’ancien salaire avec un plafond de 2900 euros comme au Danemark par exemple), sécurisation des droits et des qualifications et obligation pour un chômeur de ne pas refuser à l’infini une offre d’emploi qui correspond à son profil professionnel.

L’un des problèmes du PS est qu’il n’a pas su s’inspirer ni aller au bout de l’analyse de  ce  qui  fonctionne  à  l’étranger  pour  définir  un  modèle  cohérent  qui  soit  perçu  comme  une  alternative  à  la  voie  libérale individualiste  proposée  par  Nicolas  Sarkozy. 

La bataille que nous devons engager aujourd’hui dans le cadre de la refondation de la gauche  devra  toutefois  être  tout  autant  idéologique  et  culturelle  que  programmatique  et propositionnelle. 

Mais cela exige d’être au clair sur une question préjudicielle majeure : le mouvement de  la  société  et  du  monde  se  caractérise-t-il  fondamentalement  par  un  effacement  du clivage historique entre la droite et la gauche ?

En  fait  nous  ne  croyons  pas  à  cette  conjecture  d’un  mouvement  d’ensemble  de droitisation de notre société. La réalité, c’est plutôt que nous avons raté politiquement deux rendez-vous essentiels avec le peuple français, celui de 2002 et celui de 2007, et que n’avons pas produit le travail idéologique nécessaire, ce qui explique la victoire culturelle de la droite.

3) Un contenu nouveau au progrès sans jeter nos valeurs par-dessus bord.

Tout l’art du politique, dans les décennies à venir, consistera probablement à résoudre cette contradiction apparente : concilier l’individu et le collectif ou plutôt partir de l’individu sans renoncer au collectif.

De  surcroît  au  combat  idéologique  et  culturel,  refonder  la  gauche  suppose  aussi  de revisiter les thématiques qui peuvent redonner du sens collectif à son projet et à son essence… Une  nouvelle  alliance  entre  les  couches populaires et les couches moyennes qui les sécurise et qui permet leur promotion dans un parcours professionnel.

La question de « l’appartenance nationale » - qu’est-ce qu’être Français en ce début de siècle ? – ne pourra pas non plus être longtemps éludée.

L’avenir des services publics est en question en France et dans le cadre européen.

Les socialistes ont longtemps défendu une acception particulière de l’égalité : celle de « l’égalité réelle » censée être assurée ou favorisée par les systèmes de protection collectifs, traditionnels ou plus récents comme le RMI ou la CMU. Or, ces systèmes largement conçus en économie fermée ou quasi-fermée sont entrés en crise avec la mondialisation.

Reste  une  autre  vision  de l’égalité, peut-être plus féconde, consistant à donner à chacun les moyens de partir ou de rebondir correctement dans la vie, autrement dit une égalité devant l’avenir qui ne peut être assimilée à l’égalitarisme.

Pour une nouvelle dynamique à gauche autour du Parti socialiste

La  stratégie  de  l’UMP  de  rassembler,  à  l’occasion  de  l’élection  présidentielle,  les  3 courants historiques de la droite française a fonctionné.

Le  mouvement  à  gauche  a  été  symétriquement  opposé.  La  dispersion  de  la  gauche  moins  marquée  qu’en  2002  a  évité  son  élimination  du second tour mais n’a créé aucune dynamique.

Quant  au  centre,  le  score  inédit  de  François  Bayrou  le  22  avril  doit  être  identifié politiquement. Il serait dangereux d’analyser ses 18,5% comme un tout homogène, générateur d'une adhésion identifiée idéologiquement dans la durée.

Il  est  donc  urgent  de  travailler  à  l'ouverture  d'une  nouvelle  perspective  de rassemblement. Ce travail est indissociable de celui sur notre projet et sur notre identité.  Il doit être engagé à partir de points de repères clairs.

1) Ce qui doit être visé, c'est une synthèse des gauches et des progressistes et une crédibilisation de l’offre politique présentée par les socialistes qui porte l’assise du PS au-delà des 30% de l’électorat

2)  C'est  le  Parti  socialiste  qui  doit  être  le  cœur  et  le  moteur  de  cette  nouvelle synthèse.

Ayons une ambition de nous ouvrir à toutes nos sensibilités et à la société : citoyens,  associations, syndicats, intellectuels, forces progressistes d’Europe et du monde.

Ce qui est en jeu, ce n’est pas d’ouvrir le cycle d’une nouvelle primaire qui, cette fois, durerait 5 ans ! Encore moins de cultiver la propension actuelle à délégitimer nos instances de délibération  et  de  décision.  C’est  de  construire  notre  unité,  par  les  idées,  pour  mériter  de convaincre, demain, une majorité de citoyens.

Par hakim et vincent - Publié dans : DEBATS SOCIALISTES
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