Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /Sep /2007 23:29

Dès que le Parti socialiste perd une élection alors qu'il la pense imperdable, c'est le même refrain : rénovation, refondation, reconstruction, renaissance, régénération, etc. A l'exception des deux échecs prometteurs de 1974 avec François Mitterrand et de 1995 avec Lionel Jospin, le PS a déjà vécu quelques moments qui l'ont ébranlé. Après la défaite législative de 1978, Michel Rocard veut rénover, mais c'est François Mitterrand qui sera élu le 10 mai 1981. Après la déroute législative de 1993, Michel Rocard prend les rênes avec la même intention, mais c'est Lionel Jospin qui mènera la campagne en 1995 et gagnera en 1997. En 2002, son élimination après cinq ans d'exercice du pouvoir tétanise tout le monde. La division sur le traité européen en 2004 et 2005 fera le reste.

Au total, une seule refondation se sera révélée féconde : celle du Congrès d'Epinay en 1971. Elle suit la lourde défaite de juin 1968 aux élections législatives et l'absence de la gauche au second tour de l'élection présidentielle de juin 1969. Elle se fait avec le concours d'un "nouvel arrivant" dans la politique : François Mitterrand, onze fois ministre sous la IVe République, notamment dans le gouvernement de Guy Mollet de 1956 à 1957. Comme quoi il faut se méfier du piège des mots. L'histoire ne se répète pas, et elle fournit quelques leçons.

Il est bon de faire le tour de ce que les uns et les autres mettent derrière le mot "rénovation". Certains se contenteraient de changer le premier secrétaire : patience, François Hollande quitte sa fonction en 2008 ! D'autres veulent un renouvellement générationnel, mais la direction n'est pas si vieille que cela : il suffit de s'intéresser à nos secrétaires nationaux, et on verra à l'écran beaucoup de têtes nouvelles ! Féminiser, diversifier avec les hommes et les femmes issus de l'immigration : tout cela peut se faire mais ne change pas la politique pour autant. D'autres imaginent de changer le nom du Parti socialiste. Il ne faut pas avoir honte de son étiquette.

Que peut-on alors entendre par rénovation ? Je vois quelques pistes utiles à emprunter, de nature idéologique politique et culturelle, avant d'être programmatique.

Tout d'abord, un autre regard sur la mondialisation. Celle-ci est un fait du XXIe siècle. Elle reprend son cours historique ouvert au XVe siècle et interrompu entre 1914 et 1991 par deux guerres mondiales et une guerre froide jusqu'à la dissolution de l'Union soviétique. Trop souvent à gauche, dans les esprits, cette mondialisation est perçue et même présentée comme la menace et le risque suprêmes. Dans ce cas, la réaction est le repli et la peur, donc la fermeture et la frilosité. La mondialisation est certes un défi, mais c'est aussi une nouvelle chance pour la France et l'Europe. Il faut être présent comme Pascal Lamy à l'OMC et peut-être Dominique Strauss-Kahn au FMI.

En second lieu, un comportement décomplexé face à l'extrême gauche et aux associations qui s'en recommandent. Trop longtemps les socialistes ont été culpabilisés par leurs voisins de gauche, communistes léninistes d'abord, trotskistes aujourd'hui. Eux aussi ont besoin de se rénover, mais s'y refusent. Adressons-nous à leurs électeurs, mais soyons totalement nous-mêmes, réformistes, sociaux-démocrates, sociaux-libéraux même. Ils sont le passé. Soyons l'avenir.

Ensuite, un engagement soutenu pour l'Europe. Les socialistes doivent rester un des fers de lance de la construction européenne. On ne peut pas devenir le Schtroumpf grognon de l'Europe. Un traité constitutionnel nous a divisés. Le second traité doit nous réunir. Nous ne devons pas faire la fine bouche pour chaque avancée de l'Union. Si nous attendons l'Europe idéale, elle ne sera jamais là. Si chacun exige l'Europe de ses rêves, l'impuissance sera au bout du chemin. Le prochain rendez-vous sera le traité réformateur ou modificatif : je voudrais qu'aucun socialiste ne lui dise non. Il convient, en outre, de dédiaboliser le mot "libéral". L'extrême gauche a réussi son coup : faire passer ce mot totalement à droite. Pourtant sa racine emprunte à "liberté". Oui, nous sommes des libéraux sur les plans politique et culturel. Nous ne sommes certainement pas des "totalitaires", le pendant de cette expression. Nous sommes aussi des partisans de l'économie de marché, en ce sens des libéraux. Nous ne sommes pas des ultralibéraux qui cherchent à faire reculer l'Etat et toute institution sociale. Sur ces plans, ne rasons pas les murs et ne nous cachons pas.

Enfin contribuons, par notre rénovation, à l'apaisement des rapports politiques. Les Français sont lassés des affrontements idéologiques, voire dogmatiques. Ce fut une intuition de François Bayrou avant le premier tour de la présidentielle : il suggérait même Dominique Strauss-Kahn comme premier ministre. Ségolène Royal a suivi la même intuition entre les deux tours : elle n'excluait même pas François Bayrou à Matignon. Nicolas Sarkozy s'en est inspiré après son élection : Bernard Kouchner et quelques autres sont ainsi devenus ministres. Dans l'histoire de la France, il y a des moments à comprendre : en 1914, face à l'agression, c'est l'Union sacrée ; en 1944, avec la Libération et pour la reconstruction, c'est le tripartisme ; en 1958, devant la décolonisation et la guerre d'Algérie, c'est le gaullisme et la SFIO même si certains refusent. Aujourd'hui, face à la mondialisation, il y a comme une aspiration à l'entente nationale. Le Parti socialiste ne doit pas se fondre dans le piège de l'ouverture. Il doit avoir l'intelligence de comprendre la période.

Reste la question stratégique autour des alliances. L'extrême gauche ne veut pas gouverner, au moins c'est clair. Le Parti communiste va vivre ses dernières années. Les Verts ne décollent pas depuis trente ans. Certains radicaux sont tentés de rejoindre leurs frères de l'autre rive. Les amis de Jean-Pierre Chevènement ont un horizon restreint devant eux. Il y a deux solutions : ou le PS réussit à franchir la barre des 35 % à lui seul ou il regarde d'autres alliés, notamment le Mouvement démocrate. Il ne faut pas fermer la porte, à condition de connaître la plate-forme de ce parti, aujourd'hui inexistant, de vérifier sa propre stratégie, qui ne peut pas être tantôt l'UMP, tantôt le PS. Il faut choisir. Cette stratégie ne doit pas être à géométrie variable selon qu'il s'agisse d'élections nationales ou locales. 

Faut-il changer la Déclaration de principes du PS, qui fonde l'adhésion de chacun de ses membres ? Ce fut fait il y a vingt ans. Fut alors abandonnée la référence à l'appropriation collective des moyens de production et d'échange comme moyen pour aller vers le socialisme. Son caractère révolutionnaire a été atténué au profit de la phrase suivante : "Le Parti socialiste met le réformisme au service des espérances révolutionnaires." On peut faire mieux, mais l'économie de marché a été ce jour-là reconnue. Il nous faut un réformisme plus affiché et mieux assumé, un étatisme moins affirmé et moins systématique, une stratégie plus ouverte et moins exclusive.

Pour tout cela, il faut un parti qui ose faire abstraction du rythme des élections. Comme il y en a chaque année d'ici à 2012, on trouvera de bonnes raisons de reporter notre "rénovation". Et puis, surtout, on ne peut tout de même pas demander à la gauche d'être de droite pour prix de sa modernisation.

Par hakim et vincent - Publié dans : DEBATS SOCIALISTES
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Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /Sep /2007 23:15

Le Parti socialiste donne de plus en plus l'image  d'une « armée mexicaine dans une auberge espagnole ». La confusion est à son comble tant sur le plan du leadership que sur le terrain des idées. Il ne faut pas pour autant s'en alarmer : ce qui nous menace, c'est moins l'agitation que l'immobilisme. Il ne faut pas non plus s'en satisfaire : l'urgence, c'est de procéder à une clarification du thème devenu si populaire, et par conséquent si ambigu, de la rénovation et d'en préciser le contenu.

Et à y regarder de plus près, ce sont bien 5 rénovations qu'il nous faut conduire : 

- la première, c'est naturellement celle de notre fonctionnement, tant notre manière de travailler commande notre manière de penser. Il faut dépasser le fétichisme des statuts d'Epinay pour mettre en place , après une phase de transition, une direction forte ayant les pouvoirs de décider, l'obligation de rendre des comptes et le devoir de se retirer en cas d'échec. J'y reviendrai ... 

- la deuxième doit nous amener à régler son compte une fois pour toute à cette question, qui nous divise, de la mondialisation. Nous sommes DANS la mondialisation. Il est donc vain de savoir si nous sommes pour ou contre. En l'admettant, nous nous donnons les moyens de réhabiliter l'action et la volonté politique, puisque nous pourrons à nouveau nous fixer des objectifs concrets et responsables. Être dans la mondialisation, c'est par exemple tout faire pour garantir et renforcer le dynamisme économique de notre pays et prendre le parti de l'entreprise, entendue non comme la « chose » des actionnaires, mais comme un tout associant investisseurs et salariés autour d'une même ambition. Et de ce point de vue, les progrès à accomplir en matière sociale (formation, recul des emplois précaires, etc.) ne devrons plus être vus comme la conséquence d'un combat, mais comme une exigence d'efficacité tant l'économique est désormais étroitement lié au social. 

La troisième rénovation  devra justement s'appuyer sur une nouvelle vision du social mettant en avant d'abord l'efficacité de l'État-Providence. Dans un monde rendu plus dur par la compétition mondiale, chaque citoyen doit avoir la certitude qu'un euro dépensé est un euro efficace. Dans une société plus difficile aussi, où les menaces pèsent sur l'emploi, les compétences et les revenus, chacun de nos concitoyens doit avoir la certitude que les services publics produisent des résultats conformes à l'ambition de justice, de redistribution, de protection,de promotion, d'égalité d'accès qui leur sont assignés. Cela nous conduira à introduire d'autres logiques. Une logique démocratique pour définir collectivement ce que l'on attend de l'action publique ; une logique d'évaluation pour mesurer en permanence son efficacité. 

la quatrième rénovation doit nous amener à remettre l'individu au centre de nos préoccupations. C'est au nom de celui-ci que nous devons définir désormais nos politiques sociales et fiscales et refonder celles-ci sur la volonté de garantir à chacun les conditions de son épanouissement. C'est au nom de l'individu que nous devrons lutter non seulement contre les inégalités économiques mais aussi contre les inégalités d'accès au savoir, à l'information, au pouvoir qui brident aujourd'hui le développement de notre société et créent parmi nos concitoyens un sentiment de lassitude et de découragement. 

- Il nous faudra enfin, et ce sera la cinquième rénovation, revoir notre manière de faire de la politique pour faire prévaloir partout l'intérêt général sur l'intérêt partisan. Dans une société menacée par les communautarismes, une politique ballotée par les intérêts particuliers ou corporatistes, une droite tentée par le clientélisme (on le voit bien en matière fiscale ou de santé) comment espérer réussir des réformes durables sur des questions aussi difficiles que l'avenir de nos retraites ou la lutte contre le réchauffement climatique, par exemple, sans réintroduire dans le débat public le sens et la notion de l'intérêt général ? 

Ce sont ces chantiers, sur lesquels beaucoup a déjà été dit et fait, qu'il nous faut ouvrir rapidement et qui nous permettront de passer d'un socialisme d'hier à la gauche d'aujourd'hui.

 

Par hakim et vincent - Publié dans : DEBATS SOCIALISTES
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Samedi 1 septembre 2007 6 01 /09 /Sep /2007 23:05

Les socialistes et la gauche n'ont pas fini de chercher une nouvelle voie qui passera obligatoirement par l'Europe des idées, l'Europe politique. Entre le 1er septembre et le 15 décembre, le parti socialiste va en interne répartir les postes aux élections municipales, en oubliant une fois encore que l’enjeu n’est plus de gagner ou de perdre en 2008, mais de savoir si le socialisme « gestionnaire et de posture » a encore une place dans une France qui se pose trois questions : Qui suis-je dans le concert des nations ? Comment puis-je assurer l’avenir des emplois les moins qualifiés donc mon avenir industriel ? Que va devenir mon modèle de solidarité nationale et au-delà ma conception du « vivre ensemble » ?

L’héritage, un parti en ordre de marche et une idéologie en phase avec la société…
Le 8 janvier 1996, François Mitterrand décédait. Le promeneur solitaire achevait un parcours politique commencé au sortir de la Seconde Guerre mondiale à droite, pour l’achever brillamment à gauche. Au fil d’une initiation semée de rencontres romanesques, politiques et intellectuelles (les archives de l’Institut François Mitterrand témoignent de plus de 200 audiences d’écrivains et intellectuels), il avait tout compris des limites d’une gauche fragmentée et dominée par le parti communiste. A partir de la convention des institutions républicaines (C.I.R), réunion de plusieurs clubs politiques issus de la gauche républicaine et socialiste, François Mitterrand aborde l'élection présidentielle de 1965 avec un allié communiste qui pèse depuis 1945 aux élections législatives entre 22,06 % et 21,84 % des suffrages. Entre le congrès d’Epinay et mai 1981, l’homme de la IVème République à force d’obstination et de patience avait construit la formidable machine électorale de la gauche qu’était devenu le Parti socialiste. Ce parti avait un leader, un allié, un programme commun et des relais dans la société.

Les héritiers, des gestionnaires du présent qui ne décident pas pour l’avenir…
Ni en 1996, ni en 2002, les responsables de la rue de Solferino n’ont voulu engager leur capacité dans la réforme des idées. Je ne parle ni de Jacques Delors, en avance sur son temps, ni de jeunes politiciens, tel Vincent PEILLON ou Thierry MANDON, ou encore Gaëtan GORCE, qui n’ont pas été compris jusqu’à l’arrivée de Ségolène ROYAL.  En 2002, les français ont dit clairement leur rejet d’un parti socialiste devenu le parti de la gestion des crises économiques et non de la transformation. Cette forme de socialisme résigné avait déserté la compréhension des nouveaux paradigmes de la société. A la question des risques générés par la société post-industrielle, Alain Touraine annonce une menace sur la citoyenneté et même sur la démocratie dans la mesure où les facteurs d’intégration essentiels, la connaissance et l’information, deviendraient l’apanage d’une minorité de spécialistes. Face à cette transformation de notre société, nous sommes demeuré bien timide sur les réponses politiques à apporter. Je fais le choix de répondre que nous avons renoncé à transformer la société par perte de vocabulaire engagé et de philosophie renouvelée de l’identité socialiste. Un malaise identitaire qui demeure depuis la désillusion de 1983, le départ des ministres communistes du gouvernement de Pierre MAUROY (Premier ministre de 1981 à 1983), et la défaite de 2002. Nous savons gérer nos défaites, nous devons apprendre à retrouver les chantiers de la transformation sociale.

Le tournant des « Nouveaux adhérents », c’est quoi ?
En mars 2006, le Parti socialiste ouvre les portes de ses structures locales, les sections. De 100.000 adhérents, le parti socialiste en compte actuellement trois fois plus, soit 300.000. Un succès qui n’est pas apprécié par tous. Ils sont quelques-uns à s’inquiéter pour les résultats des votes lors des prochaines désignations internes et le Congrès annoncé en 2008. Les deux tiers de ces hommes et de ses femmes, qui ont récemment adhérés, sont politisés par intérêt pour ce qui touche à l’avenir de leur pays, et sont portés par une sensibilité nouvelle. Elle mêle la solidarité, la préservation d’un modèle de protection sociale et une nouvelle pratique de la politique, un modèle qui dépasse la simple adhésion partisane. Un nouvel adhérent c’est une série de questionnements et d’envies de participer, une interactivité des relations qui est aux antipodes de l’organisation verticale du parti. En novembre 2006, c’est une femme et une équipe, d’élus ou non, qui comprennent la rénovation en marche, c’est Ségolène ROYAL et Désirs d’avenir. Le 16 novembre, contre toute attente, ils triomphent. La rénovation est en marche malgré les futures trahisons distillées dans la presse.

L’avenir à gauche, un parti démocrate, social, fondé sur l’égalité des citoyens dans une société laïque…
Il existe en France un centre gauche non constitué, avec des citoyens attachés à des valeurs et à une tradition fondées sur un humanisme sincère. C’est une droite tolérante et qui se qualifie de sociale. Il y a au parti communiste et plus à gauche des électeurs désemparés par notre incapacité à redonner l’espoir par le mérite et le travail, d’accéder à la classe moyenne. Ce sont les deux objets politiques à traiter par celle qui peut prétendre à retrouver les échéances présidentielles de 2012. Le nouveau socialisme se définit comme la source d’une démocratie sociale volontariste, qui ne renie pas l’égalité des citoyens et une laïcité active et civique. C’est une « démocratie sociale à la française », conquérante et inspirée par la tradition de l’Internationale socialiste. Ségolène ROYAL a un atout majeur pour participer à l’écriture du socialisme du XXIème siècle. Après le Front populaire en 1936, le changement de société en mai 1968, la victoire de mai 1981, l’arrivée d’une femme comme présidente de la République française est le quatrième choc culturel nécessaire à l’évolution de la société à laquelle j’appartiens et que je porte comme citoyen. Le Modem est un parti de centre gauche qui ne dit pas son nom. Ce qui nous rassemble c’est l’humanisme de notre écriture de la réforme. Nous sommes unis dans un réformisme à visage humain, où la libre entreprise associe l’intérêt général. Ne faisons pas l’économie d’aucun de nous, du talent de Bertrand DELANOË à la passion de la rénovation de nos jeunes élus, Vincent PEILLON, Gaëtan GORCE, Sandrine MAZETIER, il y a un enjeu de rénovation majeur, que le parti conserve la parole aux militants, tous exigeants, parce que socialistes !

Socialiste engagé, citoyen averti, j’ai une exigence de renaissance pour mon pays.
Au cours des dernières décennies, les façons d'administrer nos démocraties européennes sont devenues plus complexes et problématiques. L'idée selon laquelle le gouvernement agit seul en se fondant sur l'autorité qui lui est conférée par la loi pour légitimer ses actions ne tient plus tout à fait. Bien entendu, les gouvernements conservent leur autorité constitutionnelle et juridique, mais ils ont plus de mal à gérer les problèmes au moyen des structures hiérarchiques traditionnelles. Empruntons le chemin des italiens, en passant par un rassemblement des électeurs de gauche, du centre gauche à l’extrême gauche, à l’image de l’analyse faite sur les raisons de la recomposition de la gauche italienne par le secrétaire des Démocrates de gauche, Piero FASSINO. Une nouvelle renaissance politique à l’italienne ne troublerait personne. Je veux bien croire qu’un centre avec un poids réel soit utile pour affirmer une démocratie représentative, mais l’émergence d’une force réformatrice avec une alliance large nécessite une gauche qui représente une véritable alternative, cohérente et audible sur tous les sujets, du social, de l’économie, de l’Europe en passant par la sécurité.

Le parti socialiste sera le moteur de la gauche réformatrice ou restera pour dix ans spectateur du démantèlement des droits sociaux, de la société dont nous sommes les héritiers, une société laïque, solidaire et humaniste.

Par hakim et vincent - Publié dans : DEBATS SOCIALISTES
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Samedi 21 juillet 2007 6 21 /07 /Juil /2007 16:28

CONSTRUIRE UNE NOUVELLE PERSPECTIVE À GAUCHE (l’intégralité de ce texte de quinze pages est disponible sur le site de la section à la page « Socialiste » de la fenêtre d’accueil en cliquant sur le lien : http://www.ps-paris16.org/?rub=27)

Venant de diverses sensibilités au sein du Parti Socialiste, nous avons ressenti le besoin de réfléchir ensemble à ce que nous venons de vivre à l’occasion de l’élection présidentielle et, plus largement, depuis 2002.

Nous, Kader  ARIF,  parlementaire  européen,  Jean-Pierre  CAFFET,  sénateur,  Marie-Arlette CARLOTTI,  parlementaire  européenne,  Francis  CHOUAT,  vice-président  du  Conseil général   de   l’Essonne,   Guy   DELCOURT,   député,   Harlem   DESIR,   parlementaire européen,   Laurence   DUMONT,   députée,   Catherine   GENISSON,   députée,   Adeline HAZAN,  parlementaire  européenne,  Anne  HIDALGO,  première  adjointe  au  maire  de Paris,  François  LAMY,  député,  Annick  LEPETIT,  députée,  Bernard  POIGNANT, parlementaire européen, Clotilde VALTER, conseillère générale du Calvados vous invitons à vous saisir de ces premières réflexions, à en débattre et à les nourrir.

Au  terme  d’une  période  électorale  intense,  marquée  par  une  mobilisation  civique exceptionnelle à l’élection présidentielle, notre pays entre dans une phase nouvelle.

Nous  entendons  y  contribuer  en  respectant  les  instances  de  notre  parti  et  tous  les militants socialistes. Leur engagement et leur dévouement ont été exemplaires pendant cette période électorale. 

Notre conviction est que le Parti socialiste a besoin d’une profonde refondation comme  à  d’autres  moments  de  son  histoire.  Mais  il  ne  part  pas  de  rien  et,  malgré  la défaite,  il  ne  sort  pas  exsangue  de  cette  longue  phase  électorale. 

Tirer les enseignements politiques de la campagne présidentielle

Le  moins  que  l’on  puisse  dire  est  que  la  défaite  ne  s’apparente  pas  à  une chronique annoncée.

Rarement depuis 20 ans nous n’avions connu une situation aussi favorable pour traduire  dans  les  urnes  la  volonté  de  changement  du  peuple.

Un tel renversement de situation en quelques mois (de novembre 2006 à avril 2007) mérite que l’on débatte de ce qui n’a pas fonctionné et de ce qui s’est enrayé.

Faisons-le  franchement,  tranquillement,  collectivement,  car  il  ne  sert  à  rien  de nier  la  réalité  en  transformant  un  score  de  46,9%  en  quasi-victoire  et  d’occulter  des points majeurs de débat. C'est la seule façon de porter collectivement la responsabilité de l'échec pour mieux en tirer toutes les conséquences.

Nous en suggérons quelques-uns.

La vie et le fonctionnement collectifs du Parti socialiste depuis 5 ans. Les efforts déployés depuis 5 ans pour rassembler les socialistes après le 21 avril 2002 n’ont pas été accompagnés du travail nécessaire pour concentrer les énergies sur la préparation de l’alternative de 2007.

Les conditions de désignation de notre candidate. Ce fut considéré comme un grand moment de démocratie. Mais n’aurions-nous pas dû nous saisir de cette période-clé pour construire l’adéquation entre le projet et le candidat ?

Le rapport au Parti socialiste. Il n’a pas été de bonne qualité. Le parti a été présenté comme une structure gênante parce que sclérosée, une sorte de « boulet ».

La  dénonciation  insuffisante  du  bilan  de  la  droite  et  l’absence  d’une  réelle confrontation gauche/droite. Les moments pendant lesquels a été pointée la politique du gouvernement sur les sujets-clés de la croissance, de la dette, du bouclier fiscal, de la  précarité  au  travail  (CPE),  de  la  sécurité,  ont  été  trop  rares. 

La stratégie de rassemblement pour le second tour et le rapport à F. Bayrou. A deux  jours  du  premier  tour,  François  Bayrou  était  encore  décrit  comme  l’autre candidat de la droite avec qui rien n’était possible et les rares socialistes qui prônaient ouvertement l’alliance au centre étaient vertement tancés. Le 24 avril, il devenait un partenaire  stratégique  voire  un  éventuel  Premier  ministre ! 

Mais   c’est   surtout   et   avant   tout   sur   le   fond   des   enjeux   de   cette   élection présidentielle  que  nous  sommes  apparus  en  retard  dans  notre  analyse  de  l’état  du monde, de la société française, des attentes des citoyens, en nous montrant incapables de les concrétiser dans un corps de propositions suffisamment crédibles.

Une dimension idéologique à la défaite

1) Quelques éléments de diagnostic.

Voila  près  de  20  ans  que  le  monde  et  notamment  l’organisation  planétaire  de  la production et de la répartition des richesses ont progressivement mais radicalement changé. Les conséquences politiques ne se sont pas fait attendre.

L’émergence puis la consolidation de ce capital très financiarisé et internationalisé ont singulièrement modifié les rapports sociaux.

Ajoutons à cela les autres ingrédients de la mutation de la société française qui vont dans le sens de la désagrégation : le délitement des anciennes solidarités familiales, culturelles ou  de  classe  et  la  difficile  émergence  de  nouvelles,  la  perte  de  confiance  en  la  politique comme facteur de progrès individuel ou collectif, l’affaiblissement considérable d’attraction des grandes idéologies qui ont durablement structuré la vie politique française, le repli sur la sphère privée qui en est le corollaire.

L’idée même de progrès est en recul. Il n’est plus lié à un  projet collectif ou humain. Il se fait sous l’emprise de la concurrence et de la compétition.

Peut-être   sommes-nous   d’ailleurs   à   un   tournant   de   la   civilisation   où   les préoccupations individuelles ont pris le pas sur l’intérêt   collectif.

C’est avec cette toile de fond que s’est déroulée la campagne présidentielle et Nicolas Sarkozy l’avait bien compris.

2) L’insuffisance de nos réponses.

Schématiquement  et  pour  aller  à  l’essentiel,  la  droite  a  plus  de  cohérence  dans  le modèle  de  société  qu’elle  avance :  le  modèle  anglo-saxon  où  les  systèmes  collectifs  de protection cèdent le pas à l’individu censé pouvoir réussir dès lors qu’il en a la volonté.

L’autre modèle socio-économique qui fonctionne est ce qu’on appelle aujourd’hui le modèle  scandinave. Ce modèle scandinave se caractérise par le concept de « flexibilité-sécurité». Ce  type  de  politique  coûte  cher.  L’Etat  est  très  présent  : liberté accrue de licencier, mais indemnités de chômage élevées (90% de l’ancien salaire avec un plafond de 2900 euros comme au Danemark par exemple), sécurisation des droits et des qualifications et obligation pour un chômeur de ne pas refuser à l’infini une offre d’emploi qui correspond à son profil professionnel.

L’un des problèmes du PS est qu’il n’a pas su s’inspirer ni aller au bout de l’analyse de  ce  qui  fonctionne  à  l’étranger  pour  définir  un  modèle  cohérent  qui  soit  perçu  comme  une  alternative  à  la  voie  libérale individualiste  proposée  par  Nicolas  Sarkozy. 

La bataille que nous devons engager aujourd’hui dans le cadre de la refondation de la gauche  devra  toutefois  être  tout  autant  idéologique  et  culturelle  que  programmatique  et propositionnelle. 

Mais cela exige d’être au clair sur une question préjudicielle majeure : le mouvement de  la  société  et  du  monde  se  caractérise-t-il  fondamentalement  par  un  effacement  du clivage historique entre la droite et la gauche ?

En  fait  nous  ne  croyons  pas  à  cette  conjecture  d’un  mouvement  d’ensemble  de droitisation de notre société. La réalité, c’est plutôt que nous avons raté politiquement deux rendez-vous essentiels avec le peuple français, celui de 2002 et celui de 2007, et que n’avons pas produit le travail idéologique nécessaire, ce qui explique la victoire culturelle de la droite.

3) Un contenu nouveau au progrès sans jeter nos valeurs par-dessus bord.

Tout l’art du politique, dans les décennies à venir, consistera probablement à résoudre cette contradiction apparente : concilier l’individu et le collectif ou plutôt partir de l’individu sans renoncer au collectif.

De  surcroît  au  combat  idéologique  et  culturel,  refonder  la  gauche  suppose  aussi  de revisiter les thématiques qui peuvent redonner du sens collectif à son projet et à son essence… Une  nouvelle  alliance  entre  les  couches populaires et les couches moyennes qui les sécurise et qui permet leur promotion dans un parcours professionnel.

La question de « l’appartenance nationale » - qu’est-ce qu’être Français en ce début de siècle ? – ne pourra pas non plus être longtemps éludée.

L’avenir des services publics est en question en France et dans le cadre européen.

Les socialistes ont longtemps défendu une acception particulière de l’égalité : celle de « l’égalité réelle » censée être assurée ou favorisée par les systèmes de protection collectifs, traditionnels ou plus récents comme le RMI ou la CMU. Or, ces systèmes largement conçus en économie fermée ou quasi-fermée sont entrés en crise avec la mondialisation.

Reste  une  autre  vision  de l’égalité, peut-être plus féconde, consistant à donner à chacun les moyens de partir ou de rebondir correctement dans la vie, autrement dit une égalité devant l’avenir qui ne peut être assimilée à l’égalitarisme.

Pour une nouvelle dynamique à gauche autour du Parti socialiste

La  stratégie  de  l’UMP  de  rassembler,  à  l’occasion  de  l’élection  présidentielle,  les  3 courants historiques de la droite française a fonctionné.

Le  mouvement  à  gauche  a  été  symétriquement  opposé.  La  dispersion  de  la  gauche  moins  marquée  qu’en  2002  a  évité  son  élimination  du second tour mais n’a créé aucune dynamique.

Quant  au  centre,  le  score  inédit  de  François  Bayrou  le  22  avril  doit  être  identifié politiquement. Il serait dangereux d’analyser ses 18,5% comme un tout homogène, générateur d'une adhésion identifiée idéologiquement dans la durée.

Il  est  donc  urgent  de  travailler  à  l'ouverture  d'une  nouvelle  perspective  de rassemblement. Ce travail est indissociable de celui sur notre projet et sur notre identité.  Il doit être engagé à partir de points de repères clairs.

1) Ce qui doit être visé, c'est une synthèse des gauches et des progressistes et une crédibilisation de l’offre politique présentée par les socialistes qui porte l’assise du PS au-delà des 30% de l’électorat

2)  C'est  le  Parti  socialiste  qui  doit  être  le  cœur  et  le  moteur  de  cette  nouvelle synthèse.

Ayons une ambition de nous ouvrir à toutes nos sensibilités et à la société : citoyens,  associations, syndicats, intellectuels, forces progressistes d’Europe et du monde.

Ce qui est en jeu, ce n’est pas d’ouvrir le cycle d’une nouvelle primaire qui, cette fois, durerait 5 ans ! Encore moins de cultiver la propension actuelle à délégitimer nos instances de délibération  et  de  décision.  C’est  de  construire  notre  unité,  par  les  idées,  pour  mériter  de convaincre, demain, une majorité de citoyens.

Par hakim et vincent - Publié dans : DEBATS SOCIALISTES
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Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 14:07

Le projet de loi sur la récidive des majeurs et des mineurs est une décision à retardement pour la société. Comme l’a dénoncé Robert BADINTER au Sénat pendant l’examen du texte : « Vous jouez, avec ce texte, au pompier pyromane. On comprend pourquoi vos prédécesseurs n'avaient pas voulu de peines plancher ». Demi-victoire pour l’opposition, les sénateurs ont adopté à l'unanimité un amendement du parti socialiste défendu par Robert Badinter, visant à exclure du champ de la récidive des mineurs les mesures éducatives prononcées par les tribunaux pour enfants.

Ce premier texte voté par la nouvelle assemblée, prévoit donc la mise en place de peines planchers dès la commission en récidive d’un délit puni de trois ans d’emprisonnement et s’applique à tous, dès l’âge de 13 ans. 

Par exemple pour une récidive de vol, la peine plancher est d’un an d’emprisonnement, abaissée à 6 mois pour les enfants de 13 à 18 ans. A souligner l’article 3 du texte s’attaque quant à lui au principe de l’atténuation de peine pour les mineurs. Ce principe, à valeur constitutionnelle (qui divise par 2 la peine encourue), peut être écarté dès la première récidive par la juridiction des mineurs et son application devient l’exception dés le troisième fait de violence commis par un adolescent de 16 à 18 ans.

Soulignons dans le vote des sénateurs de la majorité, qu’ils ont certes adopté le texte dans la nuite du jeudi 5 au vendredi 6 juillet à l’unanimité, mais qu’ils se sont accordés sur la nécessité de compléter rapidement ce dernier par un accompagnement socio-éducatif, selon François ZOCCHETTO, le rapporteur UMP de la commission des lois. Le doute sur le texte s’est installé dans les rangs de la majorité.

L’effet de ce durcissement des peines dans le cadre de la réitération de faits sera d’accroître la population carcérale (10 000 détenus supplémentaires, selon un chercheur du CNRS, chiffre contesté par la chancellerie, pour une population carcérale qui culmine déjà à 63 000 détenus pour une capacité d'accueil de 50 000 places(1)), majeurs et mineurs confondus, à un moment où la France atteint un taux d’incarcération inégalé depuis 1945. 

C’est au juge qu’il reviendra de prononcer une peine inférieure, " par une décision spécialement motivée ", tenant compte " des circonstances de l’infraction, de la personnalité de son auteur ou de ses garanties d’insertion ou de réinsertion ".

Tous les spécialistes et les professionnels des mineurs délinquants savent que plus un auteur est jeune et plus la prison est pathogène. Si durcissement il doit y avoir, reconnaissant que toute peine mérite une sanction proportionnée et une réparation aux victimes, ce sont dans les réponses éducatives qu’il faut chercher la peine qui fera prendre conscience au mineur de sa faute et de sa mise en danger, souvent « inconsciente ». Il s’agit d’un délinquant mais d’abord d’un mineur, un enfant. L’intérêt de la société est de maintenir "l'excuse de minorité" et de nous rappeler la Convention internationale des droits de l'enfant qui "stipule qu'un mineur doit toujours pouvoir bénéficier d'une justice adaptée à son âge". Rappelons que dans son avis, non rendu public, le Conseil d’Etat a rappelé l’esprit de l’ordonnance de 1945, qui privilégie les mesures éducatives. 

La peine de mort n’a jamais dissuadé du crime et les systèmes étrangers qui ont choisi de recourir aux peines planchers n’ont jamais démontré leur capacité à lutter contre la délinquance.

Ainsi, force est de constater l’unanimité des experts, quand la commission de suivi de la récidive émet une réserve sur le projet de loi. Dans un avis motivé du 8 juin, qui n’a pas été rendu public, La commission de suivi de la récidive, créée par le ministère de la justice, déclare que " les peines minimales ont existé et ont été abandonnées sous la pression de la pratique ", et qu’" Il n’existe pas de travaux qui aient démontré l’effet attendu de diminution de la récidive. 

Plusieurs études enregistrent même une augmentation de la récidive, en particulier celle des mineurs ayant commis des faits de violence grave.

Une fois encore, on veut substituer des concepts étrangers à notre modèle républicain, sous prétexte de pragmatisme. Le système anglo-saxon est fondé sur la définition de peines minimales, alors que le système romano-germanique articulé autour de l'individualisation de la peine. La « peine plancher » ou peine minimale implique l'obligation pour le juge de prononcer la peine privative de liberté édictée par la loi sans pouvoir retenir une peine moins forte. Ce concept a été retenu par les législations anglo-saxonnes. Quand nos systèmes juridiques romano-germaniques énoncent des règles détaillées pour la prise en compte de la récidive, le droit américain, fondé principalement sur la rétribution, prévoit l'automaticité des peines en matière de récidive quelle que soit la nature des infractions commises.

Faisons un constat, celui que la Justice est aujourd’hui le 27ème poste budgétaire. C’est un des budgets les plus  faibles d'Europe, les juges sont insuffisants, entraînant la lenteur des procédures. Le budget de la justice représente en France 2,34 % du budget de la nation (6,71 milliards d’euros en 2007). Nous sommes dans le peloton de queue de l'Union européenne en termes de moyens consacrés à la justice, malgré l’augmentation de 5% par rapport à 2006 et de 38% par rapport à 2002. Notre système pénitentiaire est dans un état déplorable.

On peut donc considérer que notre système judiciaire n’a pas besoin d’accroître sa population carcérale mais plutôt de se donner les moyens en personnel pour juger avec discernement et en conscience. Pour que nos magistrats soient sereins et passent plus de temps sur leurs dossiers, le gouvernement devrait investir dans la justice pour le suivi et l’exécution des mesures décidées par les juges dont les juges des enfants. Cela s’appelle un plan d’investissement sur plusieurs années ou « Plan Marshall » pour la Justice.

C’est ce que nous, socialistes, proposons au nom de la primauté de l’éducatif sur le répressif, sans nier la place de la victime et notre devoir de rendre la justice au nom du peuple souverain, une justice qui doit retrouver sa totale indépendance. Il n'est pas bon pour une démocratie de mépriser ses juges, et de faire de la justice un argument politique.

(1) 12 000 détenus en surnombre en France, selon Pierre TOURNIER, chercheur au C.N.R.S.


Réforme de la carte judiciaire : discours de la méthode

Notre carte judiciaire date de 1958. Michel Debré l’avait arrêtée en quelques semaines et promulguée par ordonnance. Le pays avait la tête ailleurs. Depuis, l’essai le plus abouti pour la réformer est du à Henri Nallet, au début des années 90. Malgré une démarche exemplaire notamment par l’ampleur de la concertation, le ministre, handicapé par une fin de législature calamiteuse, baissa pavillon devant la coalition des conservatismes.   Mme Rachida Dati vient d’achever son tour de France pour annoncer son propre projet. Le bilan que l’on peut en tirer conduit à rappeler qu’il ne suffit pas qu’une réforme soit nécessaire pour qu’elle soit acceptée et comprise, notamment de l’opinion publique. Il faut aussi qu’elle réponde à quatre critères incontournables :

1°) des objectifs clairs et des critères pertinents : le programme de l’UMP pour les élections présidentielles ne maintenait qu’un tribunal de grande instance par département. L’objectif était rustique et discutable, il avait le mérite de la clarté. La garde des sceaux s’en est écarté, sans proposer de critère ou d’indicateur justifiant ses choix. Du coup, la réduction du nombre de tribunaux est devenue à la fois l’objectif et le critère. Aucun lecteur de bonne foi de la presse régionale n’est en mesure aujourd’hui, de dire quels sont les arguments de la ministre pour justifier que tel TGI a été conservé et tel autre supprimé.  
       
2°) une détermination sans faille des responsables politiques : la détermination ne manque pas à Mme Dati, non plus qu’un certain panache. Mais quand la clarté des objectifs fait défaut, la distance n’est pas grande qui distingue la détermination de l’entêtement.

3°) un calendrier préalable et une concertation ciblée : un calendrier avait été annoncé, le début de législature était une période propice, mais les finalités de la concertation étaient loin d’être claires. Aux syndicats de cheminots, on a clairement indiqué que la négociation pourrait porter sur les modalités de la réforme mais pas sur ses objectifs. Aux professions judiciaires, on n’a pas tenu le même discours, laissant le terrain aux intérêts corporatistes.

4°) des marges de manœuvre réelles pour des mesures de compensation : le principe de compensation n’a été annoncé qu’in extremis, pour calmer la fronde de députés UMP qui avaient mal lu le programme de leur parti. Rien de comparable avec ce qu’avait su mettre en œuvre Alain Richard en 1997, lors d’un exercice tout aussi délicat, celui du plan Armées 2000.

Et voilà pourquoi, Madame la Ministre, votre fille est non pas muette, mais bruyante et singulièrement agitée.

Les Gracques
Par Hakim et Vincent - Publié dans : INSTITUTIONS
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Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 14:03
Chaque début d’année, les parents adoptent le même rituel et sont envahis  par les mêmes angoisses. Un rituel s’installe dans les grandes agglomérations, il s’agit de la rentrée scolaire de leur enfant. La fameuse “carte scolaire” ne fait que le bonheur d’un petit nombre d’entre eux. Ils la déteste, essaient de la contourner Non seulement, il faut être domicilié près d’un établissement de qualité, mais il faut également que notre enfant soit un brillant élève. Effectivement, la carte scolaire ne s’applique que pour les élèves de maternelle, primaire et collège. Pourquoi ne pas l’avoir étendu au lycée? Car, il faut l’avouer pourquoi préférons-nous ce lycée plutôt qu’un autre. La réponse est simple, le taux de réussite au baccalauréat est impressionnant. Tout bon parent veut le meilleur et se rue au bureau de la scolarité pour avoir la chance d’y faire entrer son fils ou sa fille. 

Alors, c’est la compétition, les demandes de dérogation pleuvent, le rectorat en est inondé. D’autres sont plus malins, ils fabriquent des justifications de domicile bidon. Cette pratique n’est pas dissimulée et n’est pas non plus puni mais cette stratégie à un prix,  seules les familles aisées peut se le permettre. Alors, pendant la campagne présidentielle, les candidats ont voulu toucher l’électorat et ont décidé de prendre des mesures pour équilibrer cette inégalité en proposant d’aménager la carte scolaire, et même  la faire disparaître dans plusieurs années. Je pense que la carte scolaire est un faux problème. L’évolution de la société a permis aux personnes les plus défavorisées de poursuivre leur études jusqu’au baccalauréat, qu’il soit classique ou technique. Les études ont pris une place plus importante et les diplômes sont de plus en plus demandés. De cette manière, l’arrivée sur le marché du travail est plus tardive, et faire des études supérieures est de manière générale accessible à tous. Les mœurs se sont plus les mêmes et la loi a besoin de s’adapter à ce changement.

Augmenter de 16 à 18 ans l’âge obligatoire pour aller à l’école permettrait  d’équilibrer le niveau des établissements. En effet, si votre enfant doit être scolarisé, le directeur du lycée ne pourrait pas refuser l’entrée de votre enfant dans son établissement. De plus, l’application de la carte scolaire accentuerait cette impossibilité de refus. Ainsi, les lycées retrouveraient un niveau plus ou moins identique. Car la principale raison  pour laquelle nous préférons telle école plutôt qu’une autre est due au taux de réussite au diplôme de fin d’année qu’est le baccalauréat. Supprimer la carte scolaire revient à engendrer plus de compétitivité et à enfermer certains établissements dans des ghettos. Il est vrai qu’une école d’élite doit exister mais pas au détriment des autres. Les établissements pourraient créer des classes d’excellence qui seraient mentionnées sur le diplôme du baccalauréat. Les budgets étatiques prendraient en considération les difficultés de certains lycées et ajusteraient leurs subventions selon leur besoin. 

Donner une chance équitable à chacun peut ne pas rester une utopie mais une réalité si l’école apprend à s’adapter aux besoins des élèves et des parents. Pour que chacun puisse réussir, donnons leur une vraie chance.
Par Hakim et Vincent - Publié dans : JEUNESSE
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Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 14:01
Bilan actuel : Depuis dimanche 6 mai et l’élection de Sarkozy, la jeunesse se mobilise partout en France, pour contester non pas l’élection elle-même mais le projet libéral qu’il compte mettre en place. La seule réponse apportée par le gouvernement a été la répression démesurée : arrestation massive et arbitraire, comparutions immédiates avec des peines de prison ferme jusqu’à 6 mois pour avoir eut le seul tort de manifester. Dès lundi, des AG se sont tenues dans plusieurs universités à Paris (Tolbiac, Sorbonne, Nanterre) mais aussi à Toulouse, Lyon, Lille et Caen. Les AG à Tolbiac réunissant jusqu’à 800 personnes ont dénoncé les attaques que vont subir les étudiants et le monde du travail.

Platte forme des revendications :

1°/ L’éducation publique : la réforme des universités :

·  L’autonomisation et la privatisation de l’université : c’est-à-dire que la définition du contenu des enseignants passera par les entreprises lesquelles seront maîtres dans le choix du contenu national du diplôme et celui des enseignants pour les facs et école. Le projet de Nicolas Sarkozy qui inquiète le plus étudiants est sans conteste celui de l’autonomie des universités. Cette réforme, prévue pour juillet, vise à introduire une compétition accrue entre les universités. En voulant rénover la gouvernance des universités, le gouvernement en place entend faire intervenir un conseil d’administration resserré composé d’un quart de personnalités extérieures : la cooptation de personnes extérieures ne vise-t-elle pas à faire entrer le monde économique dans nos universités ?

·  La sélection à l’entré de la fac et du M1 par dossier et par la hausse des frais d’inscription : Ce projet de loi vise à faire disparaître les filières qualifiées par notre président de « non rentables » par la hausse des frais d’inscription, avoisinant selon les filières 3500 euros ! C’est-à-dire que les études devront aboutir à un emploi, autrement dit on transforme l’université en un BTS généralisé. Ce modèle se fonde sur une politique atlantiste selon laquelle seule les riches auront le droit de choisir leurs études, les autres devront se soumettre au marché de l’emploi. Cette orientation sélective prévoit d’informer les étudiants sur leur chance de réussite et adapter les flux d’entrée en fonction des débouchés. Mais, le choix d’étudier et une manière de s’affirmer, de se connaître et de choisir sa vie : qui mieux que soi peut décider de sa propre vie ? 

·  La mise en place des pôles d’excellence : Encore une fois, la politique du gouvernement s’allie sur une politique atlantiste. Cette réforme vise à développer certaines facs en « Facs d’élite » pour une minorité d’étudiants riches et des « Facs poubelles » pour le reste. Il faut voir aux Etats-Unis les ravages de cette politique, puisque seuls ceux diplômés de ces campus ont un emploi, les autres ont certes un diplôme mais inexploitable sur le marché du travail. Là encore, ce qui est visé c’est, certes une rentabilité, mais qui conduit à une régression sociale primaire, précaire et scandaleuse.

En conclusion, ce que le gouvernement prévoit c’est une sélection des études en fonction de leur rentabilité. C’est-à-dire que les filières surchargées devront annoncer leur taux de réussit à trouver un emploi, et réorienter les étudiants en cas de « surcharge ». Ce seront les patrons d’entreprise qui définiront les cursus et la recherche en fonction des demandes et besoins de l’entreprise. Mais, parce qu’une université ne se commande pas comme une entreprise, parce qu’une université c’est la chance de réussite pour tous ceux qui désirent apprendre et étudier, parce qu’enfin, la fin d’une université c’est avant tout l’ouverture à la culture, au savoir et à la recherche ;  pour toutes ces raisons, une université se doit d’être et de rester libre. Ce que prévoit Sarkozy, pour juillet c’est la disparition des sciences humaines, études qualifiées de secondaires se justifiant dans un interview : « l’état n’est pas obligé de financer les filières qui conduisent au chômage ».
 
 
2°/ Les attaques anti-sociales vont se multiplier :

·    par la remise en cause du droit de grève : Ce droit, acquis par l’histoire de lutte sociale, est le seul moyen de défendre nos intérêts face au patronat. Comment ? par un service minimum imposé, par un référendum pour casser les grèves en faisant voter les salariés non concernés par la grève. Ce qui est entreprit ici, c’est la division des salariés, dans la mesure où il y aura deux fronts : les grévistes qualifiés de réfractaires et de faignants et les autres se verront félicités pour leur docilité.

·    par la casse du code de travail : mise en place du Contrat de Travail Unique, c’est-à-dire un CPE pour tous, avec toute la précarité qu’un tel contrat suppose pour les métiers de l’hôtellerie ou de la restauration.

·    exonération des charges sociales pour les heures supplémentaires : énième cadeau fiscal fait au patronat. Mais une telle mesure, loin de favoriser l’emploi, entraîne des effets pervers, dans la mesure où les charges sociales seront en défaut, le patron aura une pression sur ses employer les soumettant à la règle « travailler plus pour gagner plus ». En un mot : le trou de la sécu va s’accroître, l’emploi stagner, les fraudes se multiplier.
 

Parce que nous croyons en une certaine justice sociale et un service public de qualité, nous refusons la politique libérale du nouveau gouvernement. Parce que avons le modèle américain d’une telle politique, et nous savons qu’elle ne marche pas, nous rejetons une telle vision du monde. Nous sommes jeunes me direz-vous, mais nous savons que c’est à la jeunesse qu’appartient le changement et nous sommes pour une université publique et gratuite, et ouverte à tous. D’autres peuvent nous objecter qu’il est trop tôt pour agir. Particulièrement à ceux-là, je veux leur dire que la qualité de Nicolas Sarkozy c’est de dire et de faire ce qu’il dit, son objectif est clair : il veut faire passer ses lois de forces cet été en session parlementaire extraordinaire. La réforme sur les universités, fer de lance de son projet, est la première de la liste.

 
Il nous faut donc nous mobiliser sans attendre : étudiants, travailleurs, lycéens, sans-papiers, hommes et femmes qui refusez un monde fondé sur la rentabilité, la sélection massive, la compétition dans les écoles et qui défendez des valeurs sociales. Il nous faut nous être solidaire pour organiser la riposte, imposer nos revendications et rester libre dans un pays libre !
Par Hakim et Vincent - Publié dans : JEUNESSE
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Dimanche 8 juillet 2007 7 08 /07 /Juil /2007 13:45

Le nouveau président sera jugé sur ses actes. Mais il est d’ores et déjà permis de s’inquiéter d’un président qui semble oublier qu’il n’est pas premier ministre.
Pour celui qui a à l’esprit la constitution de la cinquième république, le spectacle du nouveau pouvoir ne peut que provoquer une légitime surprise. Non content de jouer son rôle de président, le nouvel élu semble s’être mis en tête de paraître aux yeux des français, comme un « super premier ministre », en charge de tout. Cette mise en scène est à la fois mensongère et inquiétante. Mensongère, car M. Sarkozy se fait passer pour ce qu’il n’est pas. Inquiétante, car il témoigne ainsi de sa désinvolture pour les limites constitutionnelles de son rôle.

Un « super premier ministre » qui fait passer aux futurs ministres des « entretiens d’embauche 
» 
 
Les images des candidats à l’entrée au gouvernement franchissant dans les deux sens le seuil du pavillon de la lanterne occupé par Nicolas Sarkozy ont fait le tour des journaux télévisés. L’Ump s’est d’ailleurs chargée de gloser sur l’exigence d’un président décidé à n’inclure que les plus compétents dans son gouvernement.
Faudrait-il tempérer l’enthousiasme de ces adorateurs en leur rappelant que, contrairement à ce qui était mis en scène, ce n’est pas au président de former le gouvernement ? La constitution du 1958 éclaire ce point, son article 8 indiquant que c’est « sur proposition du premier ministre » que le président en nomme les membres. Que, hors cohabitation, le président soit en la matière l’autorité réelle ne fait guère de doute. On présente cependant comme exercé par un seul un pouvoir qui est exercé en commun par les deux têtes de l’exécutif.

Un « super premier ministre » qui conduirait la politique du gouvernement.
Là encore, ont fleuri dans la presse les articles détaillant la « feuille de route » que le nouveau président aurait dressée à ses ministres, détaillant de manière précise le calendrier des réformes à mener. Là encore le nouveau président s’est mis en scène comme celui qui conduirait l’action du gouvernement.Là encore il nous faut rétablir la vérité des institutions. Si c’est bien au président de présider le conseil des ministres (article 9C),  celui qui « dirige l’action du gouvernement » est le premier ministre et non le président (article 21C). A nouveau, le nouveau président se met en scène comme détenant des pouvoirs qu’il ne possède pas.

Pourquoi le président n’est pas un « super premier ministre »
 
Ce n’est pas l’aigreur ou l’amertume de la défaite qui pousse à rappeler la vérité des institutions, c’est, au-delà d’un goût pour le respect de la constitution, le souci de l’équilibre des pouvoirs. Car ce qui tient à distance de l’action gouvernementale le président de la république, c’est son absence de responsabilité. Le président peut dissoudre l’assemblée nationale. Le parlement peut faire chuter le gouvernement. Mais contrairement à d’autres régimes démocratiques, la constitution ne fait correspondre au pouvoir du président aucune responsabilité. Certains prétendront que la responsabilité du président est politique et s’exerce devant les électeurs. C’est se leurrer. Curieuse responsabilité, qui s’exercerait sans correspondance chronologique avec les actes en cause ! Curieuse responsabilité, qui verrait les électeurs se livrer à la sanction d’un bilan plus qu’au choix d’un nouveau président !
Le nouveau président en a bien conscience, puisqu’il a promis de « rendre des comptes » en s’adressant plus fréquemment à la presse. De qui se moque-t-on ? Depuis quand participer à une conférence de presse remplace une responsabilité institutionnelle ? Cette révision de notre constitution a dû échapper à ceux qui la mettent à jour.

Vers un nouveau « coup d’état permanent » ?
Cette irresponsabilité du président était en partie ce qui avait poussé François Mitterrand à dénoncer dans les institutions de la cinquième république un « coup d’état permanent ». La propension du nouveau président à se mettre en scène comme le « super premier ministre » qu’il n’est pas, est en ce sens inquiétante. Elle est le signe d’une tentation : celle d’une personnalisation du pouvoir plus forte encore que celle organisée par la constitution, où le président, ne se satisfaisant plus de la dyarchie de l’exécutif,  déciderait de concentrer sur sa personne tout le pouvoir exécutif, transformant le premier ministre en chef de cabinet de l’Elysée. Ce serait un nouveau « coup d’état permanent », car, à l’inconstitutionnalité d’une telle pratique, s’ajouterait l’absence de responsabilité sanctionnant l’action de ce « super premier ministre ».

Par Hakim et Vincent - Publié dans : INSTITUTIONS
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